Menu
Libération
Droit de suite

Primes en liquide : Guéant devra répondre devant le tribunal

L’ancien secrétaire général de l’Elysée vient d’être renvoyé en correctionnelle pour «complicité et recel de détournement de fonds publics» dans l’affaire des primes de cabinet.

L'ancien secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, le 27 mai 2012 à Boulogne-Billancourt (Photo THOMAS SAMSON. AFP)
Publié le 27/05/2015 à 19h56

Pièce maîtresse de la sarkozie longtemps réputée intouchable, Claude Guéant devra finalement répondre de ses actes devant un tribunal. Plus de dix ans après les faits, l'ancien secrétaire général de l'Elysée vient d'être renvoyé en correctionnelle pour «complicité et recel de détournement de fonds publics» dans l'affaire des primes de cabinet. Entre 2002 et 2004, alors qu'il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, il aurait détourné à son profit personnel des dizaines de milliers d'euros en cash destinées aux frais d'enquête de la police. Prudent, Guéant s'est bien gardé de dépenser l'argent tout de suite. Selon le Monde, qui a eu accès à certains éléments de la procédure, les enquêteurs ont mis la main sur plusieurs factures suspectes lors d'une perquisition. Au total, entre 2006 et 2009, Claude Guéant aurait ainsi disposé de 119 000 euros en liquide. Interrogé en mai 2013, il a expliqué avoir trouvé son salaire un peu «étriqué» lors de son arrivée à l'Elysée, en 2002. C'est alors, a-t-il précisé, que la décision a été prise de «conforter cette dotation par un complément venant des frais d'enquête et de surveillance».

A l’époque, les primes de cabinet viennent de remplacer opportunément les «fonds spéciaux» tout juste supprimés par Lionel Jospin, et longtemps versés sans le moindre contrôle aux différents ministères. Désormais cantonnées à la Place Beauvau, ces primes ont pour but de rémunérer les policiers de terrain, mais aussi de payer les indics. Chaque mois, pendant deux ans, 12 000 euros en petites coupures étaient ainsi remis en mains propres à Claude Guéant par Michel Gaudin, alors directeur général de la police nationale (et aujourd’hui directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy).

Chargé de la répartition, Guéant a expliqué en garde à vue qu'il gardait 5 000 euros pour lui-même et dispatchait le reste entre ses différents collaborateurs. Outre ces aveux partiels, les juges du pôle financier disposent également d'écoutes téléphoniques accablantes révélées par le Monde. Sur l'une d'elles, datée de juin 2013, on entend Claude Guéant converser avec Gaudin. «Quel con j'ai été de garder des factures ! Franchement», maugrée-t-il. Réponse de son interlocuteur : «C'est pour ça que là, on pourrait peut-être se voir… Discrètos.» Mis en examen pour «détournement de fonds publics», Michel Gaudin a également été renvoyé devant le tribunal, tout comme les trois anciens collaborateurs de Guéant à l'Elysée : Daniel Canepa, Michel Camux et Gérard Moisselin. Les faits étant suffisamment caractérisés, le parquet financier a opté pour la «citation directe», estimant que la désignation d'un juge d'instruction n'était pas nécessaire. Le procès doit se tenir à partir du 28 septembre.

Dans la même rubrique