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Haute tension dans les quartiers sensibles de Tourcoing

La ville du Nord a connu quatre nuits d'échauffourées après la mort d'un jeune dans un accident de voiture.

A Tourcoing, en janvier. (Photo AFP)
ParStéphanie Maurice
LILLE, de notre correspondante
Publié le 05/06/2015 à 16h44, mis à jour le 05/06/2015 à 17h13

Depuis quatre jours, Tourcoing se réveille chaque matin avec la gueule de bois des émeutes urbaines. Déjà soixante voitures brûlées et trente interpellations, avec départs de feu multiples, voitures de police caillassées, faces à faces violents entre les forces de l’ordre et des groupes de jeunes. A l’origine de la colère, la mort d’un jeune homme de 21 ans, dans un accident de voiture, dans la nuit de dimanche à lundi.

Ils étaient trois dans la 106. Ils grillent un feu rouge, une patrouille les surprend, allume gyrophare et sirène deux-tons pour leur demander de s'arrêter. Ils prennent la fuite, suivis par la voiture de police. «Leur véhicule accélère, prend des risques, brûle un deuxième feu rouge, puis un troisième et un quatrième», raconte Bruno Dieudonné, procureur adjoint de Lille. «Les policiers décident alors de décrocher, et d'ailleurs les perdent de vue dans un virage. A la sortie du virage, ils constatent que la voiture s'est enroulée autour d'un arbre.» Le passager avant décède sur place, 30 minute après l'accident. Le conducteur, victime d'un traumatisme crânien, est toujours dans le coma, et le passager arrière souffre d'une fracture du tibia. «Il confirme que le véhicule des policiers était à distance», signale Bruno Dieudonné, «ainsi que la prise de risques.» Les jeunes auraient refusé d'obtempérer parce que la Peugeot n'était pas assurée, et qu'ils risquaient une amende de 450 euros.

«Total manque de confiance»

Dans les quartiers sensibles de la Bourgogne, où habitait le jeune décédé, et de l'Epidème, 88% de logements sociaux, chômage avoisinant les 40%,  la version judiciaire, qui disculpe les policiers, ne passe pas. «On ne l'entend pas», témoigne un acteur social de la Bourgogne. «Un mort, la police à côté, l'opération mentale est vite faite. C'est égal à responsabilité policière.» Il déplore «le total manque de confiance et de discussion entre les jeunes des quartiers sensibles et l'Etat», et craint un nouvel épisode conflictuel cette nuit.

Ce vendredi après-midi, deux jeunes arrêtés lors des émeutes passent en comparution immédiate, et trois mineurs doivent être déférés devant le juge pour enfants. «Nous demandons qu'ils soient placés sous contrôle judiciaire, avec interdiction de sortir de chez eux après 21 heures», précise le procureur adjoint. Parmi les personnes interpellées, un tiers a moins de 18 ans. La préfecture du Nord a déployé les grands moyens. 150 policiers et gendarmes patrouillent au milieu des HLM datant des années 70, rénovés dans le cadre de l'Anru, et des maisonnettes avec jardin, avec appui d'un hélicoptère, qui, la nuit, éclaire du ciel les échauffourées. Un dispositif que le bureau du procureur de la République de Lille justifie: «Sinon, des bâtiments publics auraient déjà brûlé.»

Assurer la sécurité publique, c'est bien, mais «certains jeunes sont contrôlés sans comprendre pourquoi» note le travailleur social. «L'importance du déploiement policier génère une montée en tension». Une appréciation qui énerve le maire de Tourcoing, Gérald Darmanin (Les Républicains) : «Force à la loi, réplique-t-il. Il faut que la police fasse son travail, et elle le fait avec un grand professionnalisme, sans qu'il y ait de blessés en quatre jours de violence. Nous devons soutenir les forces de l'ordre.»

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