Lundi, après Carrières-sous-Poissy (Yvelines), un autre enfant rom, David, 4 ans, est décédé à la suite d'un incendie. A Lille, le campement où il vivait depuis deux ans avec son frère aîné et ses deux parents est coincé entre deux ponts du périphérique. D'un côté la gare Lille-Europe, de l'autre, le siège de la métropole européenne de Lille. Martine Aubry, maire PS de Lille, est passée, pour se rendre compte du désastre. Elles sont encore 23 familles à vivre là. Beaucoup sont déjà parties, un avis d'expulsion vise le terrain, qui appartient au conseil départemental. Ironie de la vie, l'audience d'expulsion doit se tenir ce mardi au tribunal de grande instance.
Les enfants, en ce début d’après-midi, jouaient dans une des cabanes abandonnées. L’hypothèse la plus vraisemblable est qu’ils aient mis le feu accidentellement à ces constructions de bric et de broc. Il n’y avait pas de poêle allumé, précise Patrick Vigneau, directeur de l’Areas, une association chargée de l’accompagnement social des Roms. La police scientifique était encore sur place lundi à 17 heures, et l’entrée du camp gardée par les forces de l’ordre. A l’extérieur, les Roms attendent. Assis par grappes, enfants et adultes mêlés. Des chiots distraient les plus petits. Certains s’énervent, se demandent quand ils pourront rejoindre ce qui leur tient lieu de maison. La famille de David s’est vue proposer un relogement, qu’elle a refusé. Elle préfère se retrouver ce soir avec les siens. Les sept autres Roumains qui ont perdu leur logement dans l’incendie devront se débrouiller avec leurs propres moyens.
A travers la grille qui délimite le bidonville, le spectacle désole. Il ne reste plus qu'un amas carbonisé des quatre à six caravanes et cabanes de fortune qui se sont enflammées. La silhouette d'un arbre brûlé émerge, signe de la violence du sinistre. Les pompiers doivent revenir, pour tout déblayer. Un cri déchire le calme, suivi d'une mélopée : une femme s'abat de douleur sur le sol, on ne voit plus que son dos. Elle est la tante de l'enfant, la sœur de sa mère. Des femmes se précipitent, l'enlacent, caressent ses cheveux. Deux bénévoles qui viennent régulièrement donner des cours de français, Daniela et Marie-Odile, regardent la scène, attristées. «Depuis le temps que ça existe, on aurait dû s'en occuper et les reloger, s'indigne Daniela. Ce n'est pas à l'honneur de l'Etat français.»




