Du haut de leurs 7,5 cm, les petits Playmobil ont perdu leur grand patron. Horst Brandstätter, aux manettes de la marque de jouets, est décédé mercredi 3 juin à l'âge de 81 ans. «Avec Horst Brandstätter, la famille Playmobil perd non seulement son chef, son propriétaire et son patriarche, mais le secteur du jouet en Allemagne perd aussi l'une de ses personnalités les plus marquantes», indique dans un communiqué Geobra Brandstätter, la société chapeautant la marque, qui lui rend hommage sur son compte Twitter :
In grateful memory of #PLAYMOBIL boss Horst Brandstätter
— PLAYMOBIL (@playmobil) June 8, 2015
27.06.1933 - 03.06.2015 - Obituary: http://t.co/bo7XCBmpLw pic.twitter.com/vFkPm6aHmZ
Né le 27 juin 1933 à Zirndorf, petite ville bavaroise située non loin de Nuremberg (sud) – où se trouve toujours le siège de Playmobil –, Horst Brandstätter entre en 1952 dans la société de jouets familiale alors dirigée par ses deux oncles. Très vite, le jeune Horst comprend que le plastique est l’avenir du jouet. Il en fait sa matière préférée. Il découvre le Hula-Hoop aux Etats-Unis et lance la mode à la fin des années 50 en Europe. Mais le léger cerceau ne tournera pas longtemps autour de son bassin. Ecrasé par la concurrence, il retient la leçon de cet échec et modifie la devise de son entreprise :
«Ne jamais être à la mode pour ne jamais être démodé.»
Elle sera son leitmotiv.
Le jeune patron cherche de nouveaux produits et dégotte le Gepetto des Playmobil : Hans Beck (1929-2009) qui imagine une petite figurine que les enfants peuvent tenir dans la main et inspirée de leurs dessins (pas de nez, c’est tout de même dur à faire, et une vilaine coupe de cheveux au bol et en zigzag). Le Playmobil était né. L’idée émerge dès 1971, mais les figurines n’arrivent sur le marché que deux ans plus tard, quand la crise du marché pétrolier oblige l’entreprise à miser sur un jouet plus petit et moins cher à fabriquer.
En février 1974, trois premiers modèles sont présentés à Nuremberg, au Salon international du jouet : un Indien, un ouvrier et un chevalier. Les acheteurs sont sceptiques, mais les enfants adorent. Quarante et un ans plus tard, il s'est vendu plus de 2,7 milliards de Playmobil dans le monde entier. «On m'a souvent demandé ce qu'il y avait de si spécial dans les figurines Playmobil. Et en y réfléchissant, j'ai compris que ce qu'il y avait de magique, c'est ce qui se passe avec la figurine. C'est ce que l'enfant peut inventer avec le personnage. L'importance n'est pas l'aspect de la figurine, mais tout ce que l'enfant peut imaginer dans sa tête avec la figurine», expliquait le loquace et charismatique patron, Horst Brandstätter.
Photo Fdecomite, CC BY - Flickr
Petit à petit, l'univers de Playmobil s'étoffe : camion de pompiers, maison de ville, bateau de pirates, mine des chercheurs, animaux… Les enfants peuvent ainsi reconstituer un univers entier, rien qu'à eux, au zoo, à la ferme ou dans un château de princesse. Il faut attendre 1976 pour pouvoir jouer avec une femme Playmobil (infirmière ou servante au départ, hum hum) et même 1989 pour qu'elle ait des seins.
Photo Son Tran Hoang, CC BY - Flickr
Les traits des Playmobil s'affinent pas à pas, avec des détails qui ont leur importance : des barbes, des taches de rousseurs, la bedaine du capitaine pirate et les mains pivotantes arrivent en 1982 (une petite révolution). Et puis la famille s'agrandit, dans un ordre totalement inversé : les enfants débarquent en 1981, les bébés trois ans plus tard et les femmes enceintes en 2012 (logique).
Congrats, it's a girl! *RT* to welcome Prince George's newborn sister! #RoyalBaby #Princess pic.twitter.com/no3YpbmVVe
— PLAYMOBIL (@playmobil) May 2, 2015
Le Playmo, qui ne pouvait alors bouger que la tête, les épaules, le bassin et les poignets, subit une grosse chirurgie en 2014 avec le football : il peut désormais avoir une jambe de tir mobile.
1954 ★ 1974 ★ 1990 ★ 2014 ★ pic.twitter.com/qcalChvubk
— PLAYMOBIL (@playmobil) July 16, 2014
Au total, près de 4 000 figurines différentes ont été créées depuis 1974. Pas de quoi satisfaire pour autant les fans des Playmobils qui adorent bricoler sur les figurines et poster leurs créations sur de nombreux forums dédiés à leur passion. Voilà comment ont été créés les Village People, les Dupont(d) de Tintin, les Playmos Star Trek ou encore le Sarkobil.
Les Playmobil ont aussi été largement utilisés dans des vidéos, et notamment dans des clips fantastiques, comme ce remake Playmobil de la première de Joy Division à la télévision anglaise, en 1978, dans l'émission de Tony Wilson sur Granada TV. Ici ils jouent Transmission alors qu'en réalité c'était Shadowplay.
Les Playmobil sont aussi détournés par des artistes, comme Pierre-Adrien Sollier qui revisite avec eux les grandes toiles comme la Joconde. Les figurines sont finalement devenues à la mode, mais le pari d'Horst Brandstätter a quand même marché. C'est grâce à Playmobil, qui a fêté l'an dernier ses 40 ans, que son groupe est devenu le premier fabricant de jouets allemand. L'an dernier, son chiffre d'affaires a atteint 595 millions d'euros.




