Ni droite ni gauche : le responsable de la crise du logement, et de l'envolée des prix du logement à l'achat comme à la location, c'est «la décentralisation», estime François Payelle, président de la Fédération des promoteurs immobiliers. «Force est de constater que depuis vingt-cinq ou trente ans, nous souffrons d'un déséquilibre persistant entre l'offre et la demande de logement», souligne-t-il. Ce qui renvoie aux lois des années 80 donnant aux maires les pouvoirs en matière d'urbanisme et d'octroi des permis de construire.
«Les élus sont l'expression de leurs concitoyens. Un nouvel immeuble dans une rue, c'est un chantier, c'est des camions qui passent, ça fait un peu de bruit, et les gens n'ont pas envie que leur environnement change», analyse François Payelle. Il existe même un dicton disant «maire bâtisseur, maire battu». Ainsi, lors des dernières municipales, des équipes se sont fait élire en promettant moins de constructions. Aussitôt intronisés, des maires fraîchement élus sont passés aux actes, bloquant même des chantiers en cours.
Enveloppe. En Ile-de-France, alors que le schéma directeur de la région estime qu'il faut réaliser 70 000 logements par an pour avoir une offre d'habitat équilibré, il s'en construit au mieux entre 40 000 et 50 000 par an. «Les objectifs globaux sont bons, mais il n'existe aucune déclinaison au niveau local. Chaque élu fait ce qu'il veut chez lui», souligne un promoteur. Résultat : d'année en année la pénurie s'accroît. Démocratie locale oblige, plus personne ne songe à retirer aux élus locaux leurs prérogatives en matière d'urbanisme et de permis de construire. Mais le think tank proche du PS Terra Nova préconise de les transférer au niveau des communautés d'agglomération. Autre mesure : l'Etat doit encourager les maires bâtisseurs en modulant une partie de ses dotations en fonction des efforts faits en matière de constructions de logements. Une idée reprise en partie par le Premier ministre, Manuel Valls. Devant le Salon des maires, à Paris fin novembre, il a annoncé une enveloppe de 100 millions d'euros en faveur des communes créant de l'habitat nouveau, distribuée sous forme d'une prime de 2 000 euros par logement construit.
Simplification. Face à la pénurie qui dure, Manuel Valls, pas franchement favorable à l'encadrement des loyers, a annoncé une série de mesures afin de relancer l'offre de logements: simplification des règles de construction, renforcement du prêt à taux zéro (une aide qui vise à faciliter l'accession à la propriété des ménages modestes et moyens), TVA à 5,5 % pour les logements neufs en accession à la propriété construits dans les quartiers en difficulté en vue d'une mixité sociale, tentatives de mobilisation des terrains publics pour construire du logement… Pas sûr que cela suffise à lever les blocages locaux.




