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Libération
Témoignage

Ils ont fui Paris pour la petite couronne

Publié le 11/06/2015 à 21h36

«On profite du calme du Pré-Saint-Gervais»

Hélène, Grégoire et leurs deux filles ont dû quitter Paris pour pouvoir louer un trois pièces :

De chez elle, Hélène Morin aperçoit le périphérique. Avant, elle vivait de l'autre côté, dans le XXe arrondissement de Paris. Et puis, «comme beaucoup de jeunes, avec Grégoire, on s'est retrouvés en petite couronne quand on a eu des enfants», raconte-t-elle. Au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis) précisément. La cherté du mètre carré dans la capitale a eu raison de leur budget à l'arrivée de leur deuxième fille, en 2012, lorsqu'il a fallu trouver plus grand.

A l'époque, Hélène, qui fait plus jeune que ses 40 ans, est chef de rayon dans une librairie pour 1 500 euros nets mensuels. Grégoire Sanz, son compagnon, travaille dans le domaine de l'apprentissage et gagne 2 300 euros. Dans le XXe, le deux pièces de 35 m² leur coûtait 1 080 euros par mois. «On s'est dit qu'en ajoutant 150 euros, on aurait une pièce de plus», raconte Hélène, qui pensait rester à Paris.

Ils déchantent vite et finissent par se décider pour leur appartement actuel : un trois pièces de 58 m² pour 945 euros, charges comprises. «En soi, c'est cher, mais au regard du quartier, ça ne l'est pas tant que ça.»

Sur Internet, on trouve en effet des logements similaires à un prix bien plus élevé : 1 300, voire 1 500 euros par mois. A dix minutes à pied du métro Porte de Pantin, «on vit comme des Parisiens mais on profite du calme du Pré-Saint-Gervais», se félicite le couple. Même leur fille aînée, âgée de 5 ans, a noté la différence : «Quand je l'emmène à son cours de danse à Paris, elle est sensible au brouhaha constant auquel on échappe ici.»

Hélène et Grégoire, qui travaillent dans le centre de Paris, se déplacent presque exclusivement à vélo. Ils n'utilisent leur voiture que pour partir en week-end et permettre à leurs fillettes de prendre l'air. «On a fait des études supérieures plus poussées que nos parents mais nos filles ont une qualité de vie moins bonne que nous au même âge», déplore la libraire, originaire de province. En restant en région parisienne, près d'un tiers du budget mensuel du foyer part dans le loyer. A ce tarif, Hélène a un regret : «Ça fait vingt ans que je paye un loyer… j'aurais dû faire un prêt et acheter un appartement quand j'étais étudiante.»

«J’évite de me poser trop de questions»

Robin, étudiant, vit à Saint-Denis. Son loyer grève l'intégralité de son budget mensuel :

Robin Verner n'a pas trouvé son appartement facilement. L'étudiant de 23 ans vit en colocation à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Il a beau être en petite couronne, de son balcon, il peut voir la flèche de la Tour Eiffel et l'extrémité du Sacré-Cœur. Robin a d'abord cherché à vivre dans Paris, en colocation avec deux autres étudiants. Mais leur budget «serré» - 500 euros chacun - les a fait se heurter à la réalité du marché. «Alors je me suis dit qu'on n'avait qu'à taper dans la Seine-Saint-Denis», se souvient Robin, pragmatique. La réputation du département le précède donc les loyers sont moins chers.» Résultat : 55 m² pour 1 040 euros, qu'ils se partagent à deux. Chacun sa chambre, plus un salon.

Le jeune homme dispose de 500 à 800 euros de budget par mois grâce à la pension versée par son père, l'aide personnalisée au logement (APL) et un petit salaire ou une indemnité de stage, selon les mois. Il lui est arrivé de ne pas pouvoir payer son dû à temps : «J'ai demandé un délai à mon propriétaire. Heureusement, il a été assez compréhensif.» Robin est favorable à l'encadrement des loyers mais il ne comprend pas pourquoi seules la capitale et quelques grandes villes devraient être concernées : «Pourquoi le problème des gens ric-rac pour payer leur loyer s'arrêterait-il au périph ? L'inflation touche aussi la petite couronne.»

Malgré la galère financière constante, «les loyers ne sont pas encore assez élevés pour me dégoûter de la capitale, avoue Robin. J'évite simplement de me poser trop de questions.» Originaire de Saint-Dizier, en Haute-Marne, il sait que les loyers en province sont «ridicules» en comparaison, et qu'ils nécessiteraient moins de sacrifices. Parce qu'il est à Paris, il «devra attendre» pour repasser le permis, et pour manger équilibré. «Je me nourris quasi exclusivement de pâtes et de riz ces derniers temps», reconnaît-t-il.

Comme lui, sa colocataire, étudiante également, est résignée. «Pour la taille d'appartement qu'on a, 1 000 euros, c'est le prix, en région parisienne.» De toute façon, ils n'ont pas le choix : «On ne va pas dormir dehors…» L'année scolaire touche à sa fin. Ils seront bientôt obligés de déménager.

«9 m² pour 500 euros, c’est pas possible»

Thomas et Tiphaine ont trouvé un appartement de 60 m² à Fresnes, pour 990 euros :

L'été dernier, Thomas Thibedore, Tiphaine Pousson et leurs deux chats ont emménagé à Fresnes (Val-de-Marne), à 15 kilomètres de Paris. Le jeune couple - ils ont respectivement 28 et 24 ans - paye 990 euros par mois pour un peu plus de 60 m², en rez-de-chaussée. Si leur loyer est «raisonnable», «c'est parce qu'on est tout près de la maison d'arrêt, et que Fresnes est moins bien coté que d'autres villes aux alentours», croit savoir Tiphaine, brune élancée.

Malgré le quartier - moitié pavillonnaire, moitié barres d'immeubles -, ils ont eu un «coup de cœur» pour cet appartement : cuisine moderne, baies vitrées donnant sur un carré de verdure et pièces bien agencées. En choisissant de vivre en région parisienne tout en restant à distance de la capitale (jugée «trop grande et trop polluée»), Thomas et Tiphaine subissent les loyers chers de la petite couronne mais ont aussi les frais de déplacement des provinciaux : ils ont chacun une voiture pour se rendre au travail, près de Paris. Même s'ils sont excentrés, ils savent bien ce que coûte la vie parisienne : «9 m² pour 500 euros, c'est pas possible !» insiste Tiphaine, qui estime que l'encadrement des loyers est la seule solution pour «éviter les dérives». Eux, en tout cas, s'estiment chanceux : «Pour une surface comme la nôtre, 990 euros, c'est pas si cher que ça.»

Sa compagne, qui travaille dans le domaine de la relation client, précise qu'ils ont vu des tas d'annonces moins intéressantes. A eux deux, ils gagnent environ 3 000 euros. Reste que Thomas, entraîneur de gymnastique, est très souvent à découvert à la fin du mois car les dépenses ne manquent pas. «Le prêt pour la voiture, l'essence, les courses, les impôts…» énumère le jeune homme. «Avec tout ça, je le sens passer, le loyer !» plaisante-t-il. «On ne se prive pas vraiment, mais on va quand même plus à Carrefour qu'à Casino : c'est moins cher», détaille Tiphaine.

Quant au bureau dont ils avaient besoin pour finaliser leur aménagement, ils se sont débrouillés pour s’en faire donner un. Des compromis que Tiphaine et Thomas n’ont pas l’intention de faire toute leur vie : plus tard, ils envisagent de déménager très loin d’ici, à Antibes.

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