Après quatre-vingt-seize heures de garde à vue, Ayoub El Khazzani a été présenté mardi à un juge d’instruction en vue de sa mise en examen et a été écroué dans la nuit de mardi à mercredi. Ce Marocain de 25 ans est soupçonné d’avoir voulu commettre un attentat le 21 août dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris, finalement empêché par l’intervention de plusieurs passagers.
François Molins, le procureur de la République de Paris, a par ailleurs annoncé l'ouverture d'une information judiciaire, notamment du chef de «tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise individuelle ou collective terroriste». En une vingtaine de minutes d'exposé, François Molins a livré quelques éléments complémentaires sur le parcours d'El Khazzani.
1. Un homme lourdement armé
Selon le procureur de la République, «un véritable carnage» a été évité dans le Thalys. Car El Khazzani était lourdement armé : les policiers ont retrouvé sur lui ou dans ses bagages un fusil d'assaut AKM «d'Allemagne de l'Est», neuf chargeurs et «270 munitions», un pistolet Luger avec numéro limé, un cutter, ainsi qu'une bouteille d'un demi-litre contenant de l'essence. En garde à vue, le mis en cause a expliqué avoir trouvé cet arsenal la veille de son embarquement dans un parc public à proximité de la gare de Bruxelles. Il nie toute intention terroriste et affirme avoir eu l'intention de «se faire remettre de l'argent» par les passagers avant de sauter du train. Des «déclarations fantaisistes», selon Molins. Les connexions Internet sur un téléphone portable dont la ligne a été activé le jour des faits indiquent qu'El Khazzani a «visionné dans le train un fichier audio YouTube exhortant les fidèles au combat et à la prise des armes au nom du prophète». Selon François Molins, El Khazzani détenait aussi un compte Facebook fermé le 22 août dernier.
2. De multiples déplacements
El Khazzani quitte l'Espagne et Algésiras, où réside son père, début 2014, direction la France. Après avoir passé sous silence son séjour en France, l'homme a déclaré aux policiers avoir habité à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pendant «cinq à sept mois» en 2014. Des dates qui coïncident avec son embauche chez un opérateur de téléphonie mobile, Lycamobile, pour lequel il a travaillé en février-mars de la même année. El Khazzani n'a jamais été contrôlé lors de son séjour en France. Il vit ensuite, selon ses déclarations, en Belgique, à Cologne, à Vienne, de nouveau à Cologne, et enfin à Bruxelles. Dans la capitale belge, El Khazzani dit avoir vécu dans un parc public. Une version dont les enquêteurs doutent. Leurs homologues belges ont perquisitionné lundi le domicile de sa sœur à Bruxelles. Selon François Molins, Ayoub El Khazzani «a vécu très récemment chez elle».
3. Un séjour en Turquie
Le 10 mai 2015, Ayoub El Khazzani embarque à bord d'un vol Berlin-Istanbul. Le 4 juin, il est de retour en Europe, après avoir embarqué à Antakya en direction de Tirana (Albanie). Qu'a-t-il fait durant ces trois semaines? El Khazzani «a nié pendant sa garde à vue s'être rendu en Turquie». Les enquêteurs, eux, sont plus circonspects. Antakya n'est située qu'à quelques dizaines de kilomètres de la frontière syrienne. La Turquie, a rappelé Molins, est connue comme «une voie de passage en Syrie», sans pour autant confirmer que le mis en cause ait traversé la frontière.




