Une mobilisation pour «marquer les esprits» et «pour ne pas laisser les agressions se multiplier», alors que la recrudescence des violences envers les soignants a franchi un nouveau palier. Pendant deux jours, de jeudi à samedi matin, les antennes SOS Médecins de Roubaix Tourcoing, mais aussi de Lille, affichent portes closes «en solidarité» après l’agression d’un de leur confrère.
Une «expédition punitive» qui s’est déroulée au sein même du centre SOS Médecins de Tourcoing mardi 19 novembre, déclare auprès de Libération Serge Bomoko, président de cette antenne locale de SOS Médecins. Il rappelle le déroulé des faits : dans la matinée, une femme est venue avec deux jeunes enfants, dont l’un, «très bruyant», qui «perturbait les patients dans la salle d’attente et dérangeait les médecins». L’un des praticiens du centre lui fait alors savoir. «Le ton monte» une première fois, puis une deuxième. La patiente est finalement reçue en consultation par un autre médecin, puis finit par quitter les lieux.
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Mais quelques heures plus tard, à «17 h 15 précisément», un homme revient avec cette femme. Tous deux débarquent dans la salle de consultation du médecin qui lui avait demandé de calmer l’enfant. L’homme «balance alors tout ce qu’il y a sur le bureau» du médecin âgé d’une quarantaine d’années, le «balance violemment au sol» et lui «donne un coup de poing dans les côtes», s’indigne Serge Bomoko. Selon le syndicat de médecins CSMF, la victime souffre d’un «traumatisme thoracique» et d’une «plaie au coude».
Selon le président de SOS Médecins Roubaix-Tourcoing, le praticien, déjà victime d’agressions verbales – «comme la plupart des médecins» –, demeure «encore sous le choc» d’un tel épisode de violence. «Il est pour le moment en arrêt maladie pour deux semaines, ajoute-t-il. Mais sincèrement, il se pose des questions pour la suite. Il ne sait pas s’il va continuer.»
La victime a déposé plainte mercredi. Une enquête a été ouverte pour «violence sur un professionnel de santé», a confirmé jeudi le parquet de Lille. L’agresseur présumé, le père de l’enfant, s’est pour sa part «présenté spontanément au commissariat» et a été placé en garde à vue mercredi soir, ajoute le parquet.
Des agressions devenues «banales»
«Il est temps que les choses bougent», alors que les médecins «subissent au quotidien les incivilités et les violences», dénonce pour sa part Jean-Philippe Platel, président du conseil de l’ordre des médecins du Nord, contacté par Libération. Ces agressions sont devenues «banales» et «parties prenantes du métier», particulièrement dans le Nord.
Le département est en effet en tête des signalements, avec «près de 400 agressions en 2024». Depuis début 2025, le Nord a déjà enregistré 300 cas. «Et encore, affirme Jean-Philippe Platel, ces chiffres sont largement sous-estimés, car les médecins renâclent à dénoncer toutes les agressions qu’ils subissent.»
Selon lui, le médecin est désormais perçu «comme un prestataire chez qui on va faire ses courses». Et les cas se multiplient à travers la France, déplore-t-il : une autre agression «préméditée» d’un docteur de SOS Médecins avait eu lieu à Lille début juillet. Les deux auteurs avaient été condamnés à un an de prison ferme, effectués sous bracelet électronique. Au cours de l’été, c’était à Beauvais. Et il y a quelques jours, c’est à Saint-Malo qu’un généraliste a reçu des menaces de mort de la part d’un patient.
Le président du conseil de l’ordre des médecins du Nord précise que l’institution va se constituer partie civile dans l’affaire, tout comme le Conseil national de l’ordre.
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«On est manifestement dans une dérive d’attitude de certaines personnes, qui deviennent asociales et exigeantes dans leur comportement. A chaque fois, on passe à un niveau de violence de plus en plus important», abonde lui aussi Philippe Paranque, président de SOS Médecins France, auprès de Libération.
«SOS Médecins est en particulier en première ligne face à ce phénomène car on voit des patients qu’on ne connaît pas à mesure de journée», ajoute le président de l’association. Les cas d’agressivité, «subis au quotidien», se transforment de plus en plus en cas «d’agressions», pour des motifs tels que des renouvellements d’ordonnance ou des refus d’arrêt de travail. Philippe Paranque souligne toutefois que ces patients restent heureusement «minoritaires».
«Toute incivilité d’un patient envers un médecin est désormais prise au sérieux, de façon à ce que le patient en question ne puisse plus jamais accéder aux services de SOS Médecins», pointe enfin le praticien. Pendant trop longtemps, «les médecins se sont tus» pour «ne pas mettre en lumière ce phénomène». Aujourd’hui, il faut selon lui changer de méthode : «Dénoncer chaque fait, prendre la parole à chaque occasion, pour prendre la société et surtout les politiques à partie.»




