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«Réarmement démographique»

Bilan de fertilité à 25 ans : «Il ne faut pas tomber dans une logique pro-nataliste culpabilisante»

Après l’annonce d’un plan de lutte contre l’infertilité par Emmanuel Macron, l’Elysée a indiqué travailler sur un bilan de fertilité pour les femmes et les hommes de 25 ans. Une initiative qui doit avant tout respecter la «liberté de choix» des patients, insiste la gynécologue Nathalie Lédée.

Des gamètes congelées. BURGER/PHANIE (Photo by BURGER / Phanie / Phanie via AFP) (Burger/Phanie. AFP)
Par
Marie Gréco
Publié le 22/01/2024 à 17h44

Les grandes lignes du «réarmement démographique» voulu par Emmanuel Macron se précisent. Pour relancer la natalité, l’Elysée souhaite généraliser un examen gynécologique pour les femmes et un spermogramme pour les hommes à 25 ans, rapporte la Tribune dimanche. Ce bilan de fertilité devrait être remboursé par la Sécurité sociale. «On veut créer un effet signal pour dire aux jeunes “ne vous posez pas la question à 35 ans”», détaille l’entourage du président de la République à l’hebdomadaire.

Une information confirmée par Aurore Bergé le même jour. «C’est une piste qui est portée par l’Elysée. Je trouve que c’est une bonne piste», a indiqué la ministre déléguée chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes dans l’émission Questions politiques, tout en soulignant que la baisse de la natalité n’est ni «un sujet gadget», ni «un petit sujet.» D’après elle, l’infertilité est «un drame absolu», dont on «parle trop tard».

«Peu de jeunes adultes ont un projet d’enfant à cet âge»

Pour Nathalie Lédée, cheffe de service du centre de fertilité du groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon, la mise en place d’un bilan de fertilité est «une bonne initiative pour permettre aux couples d’avoir plus facilement accès à ces informations». En France, selon les chiffres de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), un couple sur huit consulte en raison de difficultés à concevoir un enfant. Au total, près d’un quart des couples en moyenne seraient concernés par des problèmes de fertilité, selon un rapport rendu au gouvernement en 2022. Toutefois, la docteure s’interroge sur la pertinence d’un tel test à 25 ans : «Certes, c’est la période où la femme est particulièrement féconde. Mais, dans la réalité, peu de jeunes adultes ont un projet d’enfant à cet âge.» En effet, selon le dernier bilan démographique de l’Insee, la première grossesse survient en moyenne à 31 ans pour les femmes, un âge qui n’a eu de cesse de progresser ces dernières années, notamment en raison de l’allongement des études.

Aux yeux du gouvernement, l’infertilité est un enjeu de santé publique. «C’est un sujet, mais il ne faut pas contraindre les couples à faire des enfants», prévient Nathalie Lédée. Pour elle, procéder à un bilan de fertilité peut être bénéfique seulement s’il n’est pas obligatoire. «Pour que cette initiative soit vraiment intéressante, elle doit s’inscrire dans la liberté du choix. Sinon, ça tombe dans une logique pro-nataliste qui est très culpabilisante pour les personnes ne désirant pas d’enfant», appuie-t-elle. La gynécologue-obstétricienne souligne que l’infertilité n’est «qu’une partie du problème démographique français». Elle assure que lutter contre le vieillissement du pays ne passe pas uniquement par une hausse de la natalité. «L’immigration est aussi une solution, mais on en parle moins», regrette-t-elle.

La question de l’infertilité masculine peu évoquée

Bien que le bilan de fertilité annoncé doive s’adresser également aux hommes, l’association Osez le féminisme déplore que l’accent soit mis sur l’infertilité des femmes dans le débat public. Dans Question politiques dimanche, Aurore Bergé a certifié que la première cause de la chute de la natalité serait la tendance des femmes à faire des enfants de plus en plus tard. «Tout le monde rappelle que notre taux de fécondité baisse dès nos 35 ans, mais on entend beaucoup moins de personnes parler de la baisse de spermatozoïdes chez les hommes, pointe Ursula Le Menn, porte-parole de l’association. Pourtant, ils sont tout autant touchés que nous par l’infertilité.» D’après un rapport remis au gouvernement en février 2022, l’infertilité serait d’un tiers une cause masculine et d’un autre tiers une cause féminine. Le reste étant cofactoriel ou inexpliqué, rappelait à Libération le professeur Samir Hamamah, président de la Fédération française de l’étude de la reproduction, la semaine dernière.

La militante féministe regrette aussi une politique nataliste qui ne prend pas en compte «l’entièreté de la santé reproductive de la femme». Ursula Le Menn dénonce notamment une mesure «hors de propos» de la part du gouvernement qui, «pendant ce temps», reste muet à propos du test salivaire de dépistage de l’endométriose dont le potentiel a été reconnu par la Haute Autorité de santé le 8 janvier. Cette pathologie touche une femme sur dix et ses formes les plus graves peuvent affecter la fertilité.

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