
«Ce sont des gosses qui se sont exprimés et que l’Etat abandonne» : après avoir dénoncé des violences, des milliers d’enfants attendent toujours d’être placés
Leurs cas hantent les professionnels de la protection de l’enfance. Ces mineurs ont signalé un viol, de l’inceste, des violences, une négligence éducative… Une enquête a été menée, un juge les a entendus, une mesure de protection prononcée. Sur le papier, ils devaient être mis à l’abri. En réalité, faute de place dans les établissements éducatifs ou de professionnels pour appliquer les décisions, ils s’endorment encore chez leurs agresseurs.
«Ce sont des gosses qui se sont exprimés et que l’Etat abandonne», déplorent, d’une même voix, magistrats et éducateurs dans les tribunaux pour enfants ou les foyers de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Tous pointent la même défaillance : un système à bout de souffle, où la protection des plus vulnérables dépend d’un lit libre ou d’un éducateur disponible.
Diodio Metro, présidente de l’association Repairs ! 95, qui accompagne les enfants de l’ASE, a le cuir épais. Vingt-cinq ans d’expérience en tant qu’éducatrice spécialisée en Ile-de-France, mais pas un jour sans penser à cette fratrie de sept enfants, abandonnés par leurs parents, disparus sans prévenir. L’aîné, 16 ans, s’occupait seul des triplés, des nourrissons de quelques mois. Quand les voisins ont donné l’alerte, les bébés ont été retrouvés sans couche, la peau brûlée par leurs propres excréments. Le grand frère, lui, a été accusé d’agression sexuelle – et plus tard condamné pour ces faits – ce qui a conduit à une décision de placement immédiat. Pourtant, un an plus tard, el