
«C’est une guerre de territoire entre eux et nous» : derrière la débâcle du campus d’Orange à Marseille, l’abandon d’un quartier au narcotrafic
Il y a longtemps que le béton ne laisse plus deviner combien la mer est proche, on n’y croise pas l’ombre d’un touriste venu traîner ses fantasmes de goguette couleur «Marseille-bébé», mais quand même, «ça fait beaucoup de monde et de passage pour un prétendu ghetto», se marre Saïd en s’escrimant à désaimanter sa bécane de la station de vélopartage, entre le boulevard embouteillé et la bouche de métro National, qui déverse sa cohue d’usagers au milieu du secteur Saint-Mauront, lisière du centre-ville et des quartiers Nord marseillais. Et ainsi, dit-il, ce terrain très animé, traversé, hérissé d’un vaste nuancier grisâtre de barres d’habitation neuves comme délabrées, et encadré en surplomb par deux imposantes lignes de fuite autoroutières, serait même fatalement très «bon pour le business», sujet à toutes sortes de velléités d’implantation.
Le jeune homme d’origine comorienne, qui a grandi non loin mais travaille comme cariste à l’opposé de la ville, versant sud, ne parle pas tant ici des quelques rares échoppes agglutinées autour du carrefour (snacks, pharmacie, supérette) ou du monumental siège marseillais du groupe Orange auxquelles