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Déplacer la tapisserie de Bayeux serait «jouer avec sa survie», alerte David Hockney

Alors que l’œuvre va traverser la Manche pour rejoindre Londres à partir de septembre 2026, l’artiste britannique s’insurge contre «un risque trop important» pour la broderie quasi-millénaire.

David Hockney à Londres le 26 septembre 2018. (Victoria Jones /Getty Images)
Publié le 15/01/2026 à 18h17

David Hockney est allé voir la tapisserie de Bayeux plus de vingt fois ces trois dernières années, et il a «étudié de près le sujet». Transférer la presque millénaire œuvre d’art vers l’Angleterre d’ici à septembre 2026, avant qu’elle ne revienne en Normandie à la fin 2027, relève selon lui d’«une folie». Dans une tribune publiée mercredi 14 janvier par The Independent, l’artiste britannique pionnier du pop Art, qui a vécu pendant plusieurs années en Normandie, s’inquiète des «risques importants» que le transport de cette œuvre de 70 mètres de long représente.

«La toile de lin est fragilisée par l’âge, et les fils de laine brodés sont vulnérables», souligne-t-il, avertissant aussi des dangers «de changements brusques de température, d’humidité ou d’exposition à la lumière». «Les 58 scènes narratives de la tapisserie sont à Bayeux depuis près d’un millénaire», rappelle également le peintre de 88 ans, qui assène «ne pas avoir peur de défendre l’art». «Pourquoi un musée londonien qui se targue de conserver et de préserver les grandes œuvres d’art veut-il jouer avec la survie de l’image artistique la plus importante d’Europe par sa taille ?», demande-t-il.

Ce jeudi, le British Museum a répondu aux inquiétudes exprimées par l’artiste britannique, en assurant disposer d’une équipe «experte» dans la manipulation et l’entretien de ce genre d’œuvres. «Bien que nous comprenions ces préoccupations, le musée dispose d’une équipe de conservation et de collections de renommée mondiale», a réagi Nicholas Cullinan, le directeur du grand musée londonien.

Le responsable a ajouté que le musée reçoit et envoie chaque année des «milliers» d’œuvres «plus anciennes que la tapisserie de Bayeux, et leur état et leur sécurité sont toujours d’une importance capitale».

Un morceau de la Tapisserie spolié par les nazis rendu à la France

En parallèle de ces nombreuses voix d’experts qui s’élèvent depuis l’annonce par Emmanuel Macron, en juillet dernier, du transfert de l’œuvre, la tapisserie de Bayeux a également été dans l’actualité mercredi 14 janvier : deux petits morceaux de toile de lin, dépourvus de toute broderie, prélevés par un institut nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, ont été officiellement rendus par l’Allemagne à la ville.

Ce fragment avait été volé en 1941 par un scientifique nazi pour une étude «sur les textiles anciens» et sur «l’héritage de la race aryenne», indique Ici Normandie. Des objets de la spoliation nazie finalement retrouvés par hasard dans les archives allemandes à la fin de l’année 2024, rapporte Ouest France. Reste désormais à déterminer d’où proviennent exactement ces morceaux de quelques centimètres, la tapisserie mesurant environ 70 mètres.

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