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Polémique

Des présidents d’universités refusent de diffuser un sondage sur l’antisémitisme, l’organisme de recherche défend sa méthodologie

Plusieurs syndicats exigent également le retrait de l’enquête commandée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche auprès du monde universitaire qui crée, selon eux, «de la confusion» et «alimente polémiques et émotions».

Dimanche, le premier syndicat des enseignants-chercheurs du supérieur (Snesup-FSU) s’est ému de ce sondage et en a demandé le retrait en dénonçant des questions «biaisées». (Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP)
Publié le 26/11/2025 à 13h09

De nombreux présidents d’universités ne diffuseront pas à leurs enseignants et personnels administratifs le sondage sur l’antisémitisme commandé par le ministère de l’Enseignement supérieur, qui a suscité un fort émoi dans la communauté académique, selon un courrier dont a eu connaissance l’AFP mardi.

L’enquête «pose un certain nombre de problèmes dans sa conception et les questions posées, ce qui explique l’émoi considérable qu’elle a suscité dans la communauté universitaire», peut-on lire dans ce courrier de France Universités de lundi, révélé par le Monde, adressé au directeur général de la recherche et de l’innovation. «C’est la raison pour laquelle France Universités […] a décidé de ne pas la relayer», poursuit la lettre signée par le bureau de cette association qui regroupe plus de 70 présidents d’universités et d’écoles publiques du supérieur.

«Sujet artificiellement politisé»

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche a mandaté le centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) pour bâtir une enquête sur l’antisémitisme dans le monde universitaire. Selon le ministère, l’enquête s’inscrit dans un «programme d’étude inédit visant à comprendre, mesurer et prévenir les manifestations de l’antisémitisme au sein des universités et des établissements de recherche», initié en avril. Dans un communiqué lundi, le ministère dit avoir «sollicité l’expertise de la communauté scientifique, afin de qualifier, quantifier et analyser ce phénomène avec la rigueur nécessaire.»

Le sondage, de 44 pages, auto-administré en ligne, demande par exemple de classer de «tout à fait vraie» à «tout à fait fausse» certaines «opinions que l’on entend parfois à propos des juifs», comme «globalement les juifs sont plus riches que la moyenne des Français». Les répondants doivent préciser leur âge, genre, région ou type d’établissement, leurs fonctions et se classer sur le spectre politique.

«En associant dans les mêmes tableaux des positions politiques et des propos ou actes antisémites, le questionnaire contribue à politiser artificiellement un sujet qui requiert au contraire rigueur, précision et objectivité», ont dénoncé lundi dans un texte commun le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup-FSU), la CGT FERC Sup, Sud Education, SNPTES-Unsa, la Ligue des droits de l’homme (LDH), l’Association pour la liberté académique, notamment. «Loin de renforcer la lutte contre l’antisémitisme, cette démarche contribue à créer de la confusion, à alimenter des polémiques et des émotions», poursuivent les signataires, exigeant le retrait de l’enquête.

Dimanche, le premier syndicat des enseignants-chercheurs du supérieur (Snesup-FSU) s’est ému de ce sondage et en a demandé le retrait en dénonçant des questions «biaisées». «Quand vous pensez à l’antisémitisme qui existe en France, diriez-vous que les juifs ont une part de responsabilité ?», demande le questionnaire notamment.

«Etude encadrée par deux chercheurs»

Face aux critiques, le Cevipof, qui a fait appel à l’institut de sondage Ifop, a défendu lundi auprès de l’AFP sa méthodologie, «classique et éprouvée», et assuré que «toutes les garanties» avaient été mises en place «pour préserver l’anonymat des répondants». Les personnels ont été «invités à répondre à un questionnaire auto-administré en ligne, à l’aide d’un lien entièrement géré par l’Ifop, institut de sondage partenaire en charge du terrain de l’enquête et du recueil des questionnaires», poursuit le Cevipof, soulignant qu’aucun «agent» n’est «obligé d’y répondre».

Selon le Cevipof, «ni le ministère, ni le centre de recherches ne disposeront des données individuelles ainsi recueillies par l’Ifop». «Cette étude est encadrée par deux chercheurs, experts en statistiques et analyses de données et des attitudes et comportements politiques […] Leur indépendance et leur liberté académique doivent être pleinement protégées», plaide le Cevipof. «J’apporte mon plein soutien au Cevipof dont la rigueur est connue de tous. La liberté de la recherche ne se négocie pas», a réagi lundi sur X le directeur de Sciences Po, Luis Vassy.

Début juillet, le Parlement a adopté une loi pour lutter contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur prévoyant des mesures de sensibilisation et des sanctions disciplinaires et rendant obligatoire la désignation d’un «référent» d’établissement dédié à la lutte contre l’antisémitisme et le racisme.

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