Sihem Ghars parle comme elle vit : sans détour. Une voix qui ne plie pas, des mots choisis. «Je suis une grande gueule», concède-t-elle en riant. Sous l’humour sec, pourtant, une fracture. La fondatrice du collectif Incesticide n’est pas entrée dans l’activisme par conviction, mais par collision : l’inceste, puis l’abandon judiciaire. «Quatorze années d’usure, à se cogner aux murs.» Une épreuve qui déplace son intimité sur les bancs de l’Assemblée, où son combat devient commission.
Cheffe d’entreprise, elle croit «dur comme fer» à la justice quand, début 2020, l’inceste fissure tout. Mère protectrice d’un enfant, des commissariats aux tribunaux, elle découvre une «machine qui broie». «Nos vies sont des numéros. Dix minutes par cas. Trente dossiers par jour. On se croirait à La Poste.» Face à cette «administration vide», la colère. D’abord dirigée contre un individu, Sihem Gars remonte la chaîne : «J’accepte d’avoir été trahie, mais pas que le système soit complice.» La Parisienne devient d




