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#MeToo Cinéma

«Je n’y crois pas une seule seconde» : Béatrice Dalle réaffirme son soutien à Jacques Doillon, accusé de violences sexuelles

L’actrice de 61 ans réitère, dans une interview à l’AFP ce vendredi 26 décembre, son amitié pour le réalisateur. Ce dernier est placé sous le statut de témoin assisté après plusieurs plaintes déposées depuis les révélations de Judith Godrèche.

Béatrice Dalle à Paris, le 16 décembre. (Stephane de Sakutin/AFP)
Publié le 26/12/2025 à 18h37

«Tout le monde a violé tout le monde», balaye Béatrice Dalle, interrogée sur le mouvement #MeToo dans le cinéma. Interviewée par l’AFP ce vendredi 26 décembre, l’actrice à l’affiche de la comédie Laurent dans le vent, réaffirme son soutien à son «ami» Jacques Doillon, cinéaste français accusé de viols et agressions sexuelles par plusieurs actrices, notamment Judith Godrèche.

L’AFP questionne Béatrice Dalle sur sa façon d’aborder le tournage d’une scène d’intimité «à l’ère de MeToo». «J’entends tellement tout le monde se plaindre sur tout le monde en ce moment», répond-elle, affirmant qu’en quarante ans de carrière, elle n’a «jamais eu un metteur en scène, un acteur, un technicien, un journaliste, quelqu’un qui m’a manqué de respect». L’actrice en profite pour glisser un mot sur le réalisateur Jacques Doillon : «Ça fait quarante ans que c’est mon ami, et les abominations qu’on dit sur lui, je n’y crois pas une seule seconde», soutient-elle.

Dépassée par les enjeux

Ce n’est pas la première fois que Béatrice Dalle se montre complètement dépassée par les enjeux du mouvement #MeToo. Invitée dans l’émission Clique de Canal + en avril 2024, le présentateur Mouloud Achour l’avait interrogée à propos d’Harvey Weinstein, accusé de viols et agressions sexuelles par plus de 90 femmes, et qui purge actuellement une peine de seize ans de prison pour viol.

Béatrice Dalle se répand en clichés, décrédibilisant les femmes qui ont dénoncé le réalisateur : «Toutes les actrices qui ont monté les marches de Cannes et qui l’accusent après, ça me fait un peu rire», «moi, s’il s’était mal comporté un seul instant, c’était une patate dans sa gueule», «si t’as envie de baiser utile, pas de problème, après viens pas pleurer». Elle-même victime d’inceste de la part de son grand-père, elle affirme que ça ne l’a «pas abattue pour autant».

Elle avait également pris la défense de Jacques Doillon dans une interview accordée à l’hebdomadaire Télé Star en septembre 2024 : «Je l’appelle souvent, ça m’a choquée ces accusations contre lui», avait-elle confié, expliquant ne pas comprendre que «des années après, certaines comédiennes portent plainte».

«Il me pelote, il me roule des pelles»

Le réalisateur que Béatrice Dalle défend bec et ongles est accusé par l’actrice Judith Godrèche de l’avoir violée quand elle avait 15 ans. Figure du mouvement #MeToo en France, la comédienne de 53 ans a déposé plainte contre lui au début de l’année 2024, mais les faits sont prescrits. Visé par trois autres plaintes déposées par son ancienne compagne, Joe Rohanne, et deux autres femmes, Aurélie Le Roc’h et Hélène M., le réalisateur est interrogé au mois de juillet 2024 par la brigade de protection des mineurs, mais ressort libre de sa garde à vue pour des raisons médicales. Il est entendu à nouveau au mois de décembre 2024, depuis lequel il est placé sous le statut de témoin assisté.

Judith Godrèche avait d’abord révélé pour la première fois en janvier 2024 le nom de Benoît Jacquot, cinéaste avec lequel elle avait entretenu une relation dans les années 80, lorsqu’elle n’était âgée que de 14 ans et que lui avait passé le cap de la quarantaine. Le tout sans déclencher la moindre réaction au sein du milieu du cinéma.

Un mois plus tard, elle citait sur France Inter un autre réalisateur ayant abusé d’elle lorsqu’elle était adolescente. Sur le tournage de la Fille de 15 ans en 1987, film dans lequel Judith Godrèche interprète Juliette, une adolescente qui séduit le père de son petit ami, le réalisateur Jacques Doillon vire l’acteur principal et décide de le remplacer. «D’un coup, il décide qu’il y a une scène d’amour, une scène de sexe entre lui et moi. Et là, on fait 45 prises. Et j’enlève mon pull, et je suis torse nue, et il me pelote, et il me roule des pelles», raconte l’actrice.

La veille de ce récit au micro de Sonia Devillers, elle avait déposé plainte contre Benoît Jacquot et Jacques Doillon. Elle évoque également d’autres violences, qu’elle raconte avoir subies «dans la maison de Jane, dans le bureau de Doillon». Le cinéaste conteste ces accusations.

L’actrice qui dénonce un système de prédation paye le prix de son courage ; en décembre 2024, elle évoquait sur France Inter encore un sentiment d’abandon et une difficulté à trouver des financements pour ses films depuis sa prise de parole en public – elle avait notamment prononcé un discours à la cérémonie des Césars 2024, où elle interrogeait ce silence de la part du milieu du cinéma. Elle est également visée par une plainte pour diffamation, déposée par Jacques Doillon en septembre, ce qui l’interroge : «A votre avis, ça encouragera les victimes à dénoncer les violences qu’elles ont subies, ou ça les dissuadera ?»

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