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Reportage

Marche contre les violences faites aux femmes : «Je suis là pour moi mais aussi pour toutes celles qui ne peuvent pas l’être»

A l’appel du collectif «Grève féministe», quelques milliers de personnes se sont rassemblées à Paris contre les violences faites aux femmes ce samedi 22 novembre. Elles réclament «un électrochoc», alors que le nombre de féminicides est en hausse cette année.

Coralie Gambino, 23 ans, est venue du Gers pour manifester. (Cha Gonzalez/Libération)
Publié le 22/11/2025 à 17h49

Pancartes, mais aussi foulards, bonnets… Il est 14 heures ce samedi 22 novembre et la place de la République à Paris se teinte timidement de violet. Le thermomètre est à peine positif mais ça n’entame pas la volonté des quelques milliers de personnes venues marcher contre les violences faites aux femmes à l’appel du collectif «Grève féministe». Depuis le toit d’un gros camion, une dizaine de représentantes d’associations qui ont répondu à l’appel prennent tour à tour la parole pour pointer le nombre encore important de féminicides et l’échec des politiques publiques de lutte contre ces violences.

«Sept ans après #MeToo, la lutte contre les violences faites aux femmes deux fois érigée en grande cause du quinquennat… Et pourtant on a aujourd’hui une hausse des féminicides. Le compte n’y est pas», dénonce une militante d’Attac. Hurlements approbateurs de l’assemblée. Selon le rapport de la Mission interministérielle pour la protection des femmes portant sur 2024, 1 283 femmes ont été victimes de féminicides directs ou indirects, ou de tentatives de féminicides conjugaux, contre 1 196 en 2023.

«On a vu que ça nous concernait»

Coralie Gambino, 23 ans, sautille sur place pour se réchauffer. Elle vient de Condom, dans le Gers, pour rendre visite à sa sœur qui vit à Paris et ne pouvait pas rater cette manifestation. Gommettes en forme de cœurs violets sur les joues, elle brandit une pancarte sur laquelle on peut lire «Mes sœurs féministes m’ont sauvé la vie». Cette jeune assistante sociale a été victime il y a cinq ans d’agressions sexuelles et d’un viol. Selon elle, «c’est le collectif» qui lui a permis de se relever. «Je suis là pour moi, mais aussi pour toutes celles, victimes, qui ne peuvent pas l’être.»

Pour chauffer les troupes, les sonos diffusent de la musique. Un mix electro-shatta. Effet escompté réussi. Des sourires se dessinent sur les lèvres. Le cortège ne va pas tarder à partir. C’est l’ambiance qui a attiré Grace, 21 ans, venue avec une bande de copines. «On passait par hasard et puis on a vu que ça nous concernait, en tant que femmes, donc on est là», sourit-elle. On leur a donné des pancartes du collectif #NousToutes, qu’elles tiennent haut et fièrement. «Pour un féminisme antiraciste, antifasciste, anticolonialiste», peut-on y lire. A quelques encablures de la place de la République, rue du Faubourg du Temple, le collectif «Nous vivrons», né après les attaques terroristes du 7 Octobre, et celui d’extrême droite Némésis restent à distance de la manifestation, encadrés par des CRS. Dans le cortège principal, une banderole leur est adressée : «Manif féministe, pas de fachos, pas de sionistes.»

«Nous avons besoin d’un électrochoc»

Croisée dans le cortège principal, l’eurodéputée La France Insoumise Manon Aubry estime qu’«il y a une pression à maintenir. La seule victoire du gouvernement, c’est la notion de consentement dans la loi. On est encore loin de l’Espagne qui a réussi à faire baisser le nombre de féminicides, nous avons besoin d’un électrochoc».

Mais pour #NousToutes, cet électrochoc ne peut pas venir que par la loi. «Si elle n’est pas assortie d’un budget, elle n’est pas appliquée», argue Sophie Barre, membre du collectif, en prenant l’exemple de la mise en place des cours d’éducation à la vie relationnelle et sexuelle, qui existent dans la loi depuis 2001 mais sont encore rarement mis en place. Le collectif appelle en outre à un plan global d’action féministe en lien avec des associations de terrain. «Pour faire évoluer les pratiques et les mentalités.»

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