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Prostitution : le RN rouvre le débat sur les maisons closes

L’annonce par le député d’extrême droite Jean-Philippe Tanguy d’une future proposition de loi de son groupe sur la réouverture des établissements de prostitution fermés en 1946 a fait couler beaucoup d’encre. L’idée ne plaît ni à la gauche ni aux principales concernées.

Le RN Jean-Philippe Tanguy, le 16 octobre 2024 à l'Assemblée nationale, à Paris. (Sarah Meyssonnier/REUTERS)
Publié le 10/12/2025 à 17h39

Des maisons closes gérées en «coopérative», pour «lutter contre la prostitution de rue [et] sur Internet» ? Le Rassemblement national souhaite «ouvrir un débat» sur le sujet, avec une nouvelle proposition de loi, pas encore déposée mais déjà très commentée.

En plein point d’orgue budgétaire à l’Assemblée nationale, l’initiative du député Jean-Philippe Tanguy, révélée lundi 8 décembre par le Monde, a pu paraître saugrenue, ou du moins inattendue, près de quatre-vingts ans après l’abolition des maisons closes au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Après l’article du quotidien, qui évoquait une proposition faite devant la commission des finances de l’Assemblée et l’existence d’une «première version» d’un texte soutenu par Marine Le Pen, l’idée a eu un certain retentissement médiatique, forçant le RN à faire le service après-vente.

«Ce n’est pas la réouverture des maisons closes telle qu’on l’imagine», a tenté de désamorcer Sébastien Chenu, mardi devant des journalistes. «Ce n’est pas non plus un sujet d’urgence, évidemment», a ajouté le vice-président du RN, assurant que l’idée était «apparue au détour d’une conversation» pendant des travaux parlementaires.

Le texte, s’il devait voir le jour, «permettrait aux prostituées de se mettre dans une sorte de coopérative où elles géreraient elles-mêmes un endroit qu’elles définiraient et qui leur donneraient également des droits sociaux qu’elles n’ont pas aujourd’hui, notamment pour la retraite», a précisé Chenu.

«Nouvelles structures de prostitution»

Le député du Nord, qui avait participé avant la dissolution de 2024 au groupe d’étude sur la prostitution présidé par sa collègue des Pyrénées-Orientales Anaïs Sabatini, estime que la loi de 2016 «sur la pénalisation des clients n’a rien résolu». Car «on est aujourd’hui face à des nouvelles structures de prostitution qui n’existaient pas à l’époque» et «sur des violences extrêmement importantes faites [aux] prostituées, quel que soit leur sexe», ajoute-t-il.

«On s’est dit : “On va abolir la prostitution en pénalisant les clients”, ça n’a pas marché […]. Les prostituées sont obligées d’exercer leur métier dans des endroits toujours plus cachés, obscurs, dangereux», avait déjà expliqué Jean-Philippe Tanguy sur BFM TV lundi soir, voyant dans sa proposition «la moins pire des solutions».

«Dans une société mature il faut savoir être courageux et traiter ce problème de face, en particulier lutter contre les violences, contre les trafics, contre la prostitution de rue, contre la prostitution sur Internet qui exposent, qui fragilisent encore plus les professionnels de ce secteur», a insisté Sébastien Chenu, disant soutenir «à titre personnel» la proposition de Jean-Philippe Tanguy qui «ouvre un débat» mais «ne dit pas qu’elle solutionne tout».

Le RN «se dédiabolise sur notre dos»

A gauche, la proposition a fait un tollé. Le Parti communiste a dénoncé une «vision réactionnaire qui réduit les femmes à des corps à vendre» et rejeté le principe des maisons closes qui «ne protègent pas [mais] servent clients et proxénètes».

Le député socialiste Jérôme Guedj a également pointé sur Sud Radio «une forme de populisme sexuel» visant à «flatter quelques bas instincts» et «caresser la nostalgie que certains auraient» de ce qui «reste un système de domination sur les femmes».

«La prostitution ce n’est ni du travail ni du sexe», a pour sa part jugé la patronne de la CFDT, Marylise Léon, jugeant ce projet du RN «assez révélateur de leur image de la femme dans la société».

Du coté des associations aussi, le Mouvement du nid fustige une vision «aberrante» et «déconnectée de ce que vivent les personnes», a réagi sa porte-parole Lenaïg Lefouillé, soulignant que «les maisons closes ne protègent pas les femmes mais les clients».

Même le Syndicat du travail sexuel (Strass), qui milite pourtant pour une décriminalisation de la prostitution, «ne veut pas travailler avec le RN» selon son porte-parole Thierry Schaffauser, qui considère que le parti d’extrême droite «se dédiabolise sur notre dos».

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