Après le retentissant procès des viols de Gisèle Pelicot, Cyril Z., prof de danse rock et hypnothérapeute autoproclamé, sera jugé à partir de lundi 5 janvier, à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), accusé d’avoir pendant des années drogué des femmes pour abuser d’elles, puis les filmer à leur insu. Cet homme sociable, décrit comme «empathique» par ses proches, avait un mode opératoire bien rodé, selon les enquêteurs : il glissait un somnifère dans un verre de vin ou d’eau qu’il servait aux femmes qu’il recevait, en général chez lui. Ensuite, profitant de l’état second de la victime, il la violait.
Aujourd’hui âgé de 47 ans et en détention provisoire depuis presque cinq ans, il est accusé d’avoir violé quatorze femmes, sur une dizaine d’années. En tout, 19 parties civiles se présenteront devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône lundi : l’homme est aussi renvoyé pour des atteintes à la vie privée, ayant filmé des femmes à leur insu.
Le procès se tiendra néanmoins à huis clos. Après une courte suspension d’audience, le président de la cour criminelle des Bouches-du-Rhône, Roger Arata, a ordonné ce lundi matin le huis clos, demandé par une partie civile, mais refusé par d’autres. Toutes «les personnes publiques» dont la presse, ont été invitées à quitter la salle d’audience. Le président du tribunal a toutefois ajouté : «si la partie civile y consent, telle personne qui en ferait la demande pourrait être autorisée à être présente dans la salle».
Une avocate, Me Caroline Kazanchi, a demandé dès l’ouverture de l’audience le «huis clos», pour assurer «la dignité», à sa cliente. Au contraire, Me Marylou Diamantara, qui représente six victimes dans ce procès, avait plaidé pour la publicité des débats, réclamant un huis clos partiel. A la sortie du tribunal, la mère d’une des parties civiles, qui a souhaité rester anonyme, disait comprendre la décision de fermer les débats : «on dit que la honte a changé de camp mais ça n’est pas toujours vrai… Imaginez aller retravailler après un procès comme ça…»
«Mécanisme préparatoire»
L’affaire a débuté en 2019, quand une étudiante de 24 ans porte plainte contre Cyril Z.. La jeune femme, qui a rencontré l’homme lors d’une soirée de danse, l’avait revu pour une séance d’hypnose. Après avoir consommé partiellement un verre de vin qu’il lui avait servi, elle est prise de bouffées de chaleur, puis se réveille avec des souvenirs confus, se rappelant avoir vomi, et avoir été pénétrée contre son gré par le quadragénaire. Son ADN avait été retrouvé sur les ongles et la culotte de la jeune femme.
Cyril Z. a «énormément évolué», assure son avocate Me Dorine Sekly Livrati à l’AFP, «notamment grâce à un important travail psychologique et psychiatrique». Aujourd’hui, il reconnaît dix des quatorze crimes dont il est accusé, qu’il qualifie «d’immondes, de monstrueux». Pour l’avocate, cette affaire pose la question de la prescription des benzodiazépines comme le zolpidem, un puissant somnifère qu’utilisait son client, et «dont l’usage est souvent détourné à des fins délictuelles ou criminelles».
En mars, Me Marylou Diamantara, avocate qui défend cinq des victimes, avait dénoncé auprès de l’AFP le «mécanisme préparatoire» de l’accusé : «Il va se faire prescrire des ordonnances, il va obtenir les médicaments, il va les avoir avec lui. Et à un moment donné, il a toutes ses proies autour de lui, toutes ses amies dont il prend soin et dont il est confident.» Car la plupart des parties civiles entretenaient ou avaient entretenu des relations au moins amicales, voire amoureuses ou sexuelles avec Cyril Z. D’autres venaient le voir pour des séances d’hypnose, une activité qu’il avait développée sans aucun diplôme au domicile de ses parents à Aix-en-Provence. Quand les femmes se réveillaient, sonnées, parfois dévêtues, il attribuait leur état à l’hypnose ou incriminait l’alcool. En réalité, les examens sanguins et capillaires ont montré que les victimes avaient ingéré des benzodiazépines.
Les photos et vidéos intimes retrouvées dans son matériel informatique ont permis aux enquêteurs de constater que pendant les rapports sexuels, les femmes étaient dans un état «léthargique», les yeux dans le vide, les bras ballants.
Cette affaire de soumission chimique fait écho à l’affaire qui a eu un retentissement mondial dit «des viols de Mazan», dans laquelle 51 hommes ont été condamnés définitivement, la plupart pour viols aggravés sur Gisèle Pelicot, alors que celle-ci était assommée de médicaments par son mari. C’est d’ailleurs Roger Arata, qui préside ce nouveau procès de la soumission chimique prévu jusqu’au 20 janvier à Aix, qui avait déjà officié lors du procès Pélicot à Avignon.
Mis à jour : à 11 heures avec le huis clos ordonné.




