«J’étais spectatrice de ce déferlement de haine. Dans ce flot de messages qui ne semblait jamais finir, c’était de moi dont on parlait.» A la barre, la voix de Sophie Djigo vacille un instant. Ce mardi 20 janvier se tenait à Paris le procès en correctionnelle de six personnes accusées d’avoir participé au cyberharcèlement de cette professeure de philosophie dans un lycée de Valenciennes (Nord), qui, en novembre 2022, avait proposé un projet pédagogique autour de l’exil et des migrations.
«Les petites mains de la haine»
Devant les juges, celle qui est également chercheuse et autrice est revenue sur les flots de haine reçus à l’automne 2022, après la diffusion sur les réseaux sociaux de son initiative pédagogique menée avec ses étudiants de classe préparatoire hypokhâgne. Sophie Djigo portait alors avec deux autres collègues un projet de recherche interdisciplinaire, intitulé «Exil et Migration». En lien avec l’association l’Auberge des migrants, une sortie devait avoir lieu début décembre près du camp de Calais. Mais sur les réseaux sociaux, des groupes affiliés à l’extrême droite, et notamment à Reconquête, s’emparent du sujet. La fachosphère entre en scène.
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Son nom, sa photo et son adresse professionnelle fuitent. Des inconnus lui reprochent d’être une idéologue «islamo-gauchiste», de vouloir endoctriner ses élèves. Les messages affluent, violents et incessants, jusqu’à former, dit-elle, «un lynchage numérique». Des commentaires racistes, xénophobes, sexistes, dégradants. Des menaces de




