L’écrire plutôt que de le formuler à voix haute. La fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF) a lancé lundi 2 février un tchat en ligne accolé au 3919, le numéro d’écoute national d’information et d’orientation. Une véritable alternative pour les femmes victimes de violences conjugales, certaines étant dans l’incapacité de parler par téléphone et d’autres pour qui l’écrit facilite la libération de la parole. «L’idée, quand on s’adresse aux femmes victimes de violences conjugales, c’est de penser à chacune d’entre elles, pour qu’il n’y ait pas d’angle mort», affirme auprès de Libération la directrice de Solidarité Femmes, Mine Günbay.
Interview
Accessible directement depuis le site de la fédération, ce nouveau canal d’échange anonyme fonctionne uniquement du lundi au vendredi, de 13 heures à 20 heures. Le tchat n’utilise pas d’intelligence artificielle et repose donc sur des intervenantes professionnelles formées – au nombre de trois. «Pour le moment, cela suffit car le dispositif est en phase de lancement. Nous sommes prêtes à nous adapter en fonction de l’ampleur que cela prendra», rassure Mine Günbay.
«Si personne n’est en ligne, contactez le 3919», précise tout de même le site de la FNSF – la ligne téléphonique, elle aussi anonyme et gratuite, reste en effet disponible 24h /24 et 7j /7, partout en France. Et reste fortement sollicitée : en 2024, plus de 100 000 appels ont été passés, un record. Les chiffres de l’année 2025, communiqués le 8 mars prochain, ne seraient pas à la baisse.
Vingt tchats par semaine
Cet outil d’aide s’adresse aux femmes victimes de violences conjugales, quelles que soient leurs formes : physiques, sexuelles, psychologiques, verbales, économiques, administratives et même cyberviolences. En revanche, comme pour le 3919, le tchat n’est pas un dispositif d’urgence. En cas de de «danger immédiat», la FNSF préconise toujours de contacter le 17 ou la plateforme gouvernementale «Arrêtons les violences».
Reportage
Avant son lancement officiel, le tchat du 3919 a connu une phase d’expérimentation entre mi-octobre et décembre 2025. En deux mois et demi, la fédération a recensé 20 tchats par semaine – pour un échange d’environ soixante minutes, contre vingt au téléphone. De quoi confirmer, selon la fédération, l’existence d’un besoin spécifique : celui de pouvoir parler des violences par écrit. «Plusieurs publics nous sont apparus, précise Mine Günbay. D’abord les jeunes, puisque l’on sait que c’est une génération qui aime moins le téléphone, mais pas seulement eux. Pour des questions de gêne, l’écrit est un levier intéressant.»
L’écrit permettrait également à certaines femmes de se sentir plus en confiance, et donc de s’exprimer plus librement. «C’est aussi un espace de libération de la parole, confirme la directrice de la fédération. Le tchat peut tout à fait servir de première approche avant de téléphoner. Car donner à entendre sa voix, ce n’est pas facile pour toutes.» Le tchat peut être lancé de n’importe où : chez soi, dans les transports… en toute discrétion, et loin du conjoint abusif. «Certaines femmes nous appellent au téléphone à leur pause au travail, car c’est le seul moment où elles sont sûres de ne pas être entendues», illustre Mine Günbay.
Autre cible : les Françaises vivant en dehors de la métropole et à l’étranger. Le numéro de téléphone n’est pas accessible depuis l’intégralité des territoires ultramarins et, surtout, il peut être payant – «cela peut représenter un coût exorbitant», concède Mine Günbay. «C’est important pour nous que le dispositif reste gratuit pour toutes les femmes françaises.» Ce tchat, c’est l’opportunité de donner aux victimes de violences conjugales «une diversité d’option possibles, en fonction des situations qu’elles subissent».




