Un coup d’œil suffit pour débusquer les embûches. Il y a un grand ascenseur mais quelques marches pour rejoindre le trottoir. La machine à laver n’est pas débranchée et le compteur d’eau se cache dans le placard du couloir. Une pince fera l’affaire pour débrancher la gazinière. L’équipe d’«Une voix pour elles» est rodée : le rendez-vous chez Mélanie* sera leur trentième déménagement. Depuis mars 2021, l’association aide les victimes de violences conjugales des Alpes-Maritimes à prendre leur indépendance grâce à la prise en charge des questions logistiques relatives au départ du domicile. Cinq minutes après l’arrivée du camion au pied de l’immeuble, les cartons sont dans les bras des bénévoles. Mélanie s’apprête à rendre les clefs de son F3 et de sa vie sous emprise.
La violence a longtemps fait partie de sa vie. Les souvenirs ressurgissent à chaque fois qu’un meuble franchit le palier. Il y a quinze ans de vie commune et un enfant qui a grandi. Il y a surtout les coups et les menaces, les disputes dans le couloir et les voisins qui interviennent, le vol des clefs de son appartement et la dégradation du garage. «Les mots, les humiliations, le chantage affectif et sexuel, ça reste. C’est aussi mortel que les gestes. Ça vous isole, ça vous détruit, dit la jeune femme. A un moment, le mode survie est activé. Mais la vie, ce n’est pas la survie.» Mélanie dépose une main courante et porte plainte à quatre reprises contre son ex-compagnon. En découleront un non-lieu et




