En allant en cours le matin, Lila (1), en terminale, flippe à chaque fois : «Trop peur de me faire renverser par les engins de chantier, c’est trop mon angoisse.» A plusieurs reprises, des élèves et des enseignants ont manqué d’être écrasés devant le lycée Jacques-Feyder, d’Epinay-sur-Seine, près de Paris. Une professeure d’histoire-géo, dans sa voiture, a failli y passer. Elle était dans l’angle mort d’un camion, qui en pleine manœuvre, ne l’a pas vue. Un ouvrier a hurlé, in extremis. Elle a prévenu illico sa hiérarchie, qui collectionne les messages d’alerte du genre. Début février, une élève a même fini à l’hôpital : une porte vitrée de l’un des bâtiments neufs, mal fixée, est tombée sur son dos.
Le lycée Jacques-Feyder, entouré de hauts immeubles et de quelques maisons en meulière, est en travaux depuis trois ans. Pas des menus travaux non, une réfection totale, avec un auditorium à creuser en sous-sol, des bâtiments désamiantés et désossés, la construction d’un internat… Un chantier colossal, de 45 millions d’euros, réalisé sur «site occupé». Avec les élèves au milieu, donc. Ils sont 1 500, de la seconde au BTS, auxquels s’ajoutent les équipes pédagogiques et agents d’entretien. Tous sont à bout.
«Mépris de l’institution»
Comment a-t-il pu être décidé de faire des travaux d’une telle ampleur sur site occupé ? L’entretien des bâtiments relève de la compétence de la région Ile-de-France. Interrogée, l’équipe de Valérie Pécresse n’a accepté de répondre que par écrit : «C’est une opération c




