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Harcèlement scolaire : les filles et les élèves LGBT+, premières victimes des violences et cyberviolences de genre au collège et au lycée

Le Centre Hubertine-Auclert publie ce jeudi 6 novembre une étude aux résultats alarmants, montrant par exemple que 83 % des filles déclarent avoir subi au moins une forme de violence ou de cyberviolence psychologique au cours de l’année écoulée.

Seulement un quart des victimes de violences et cyberviolences cherchent de l’aide, souvent en dernier recours, selon l’étude. (ANDBZ/ABACA)
Par
Charlotte Combret
Publié le 06/11/2025 à 10h00

Les jeunes filles et les élèves LGBT + sont en première ligne des violences et cyberviolences sexistes et sexuelles commises à l’école. L’alerte est lancée par le Centre Hubertine-Auclert qui publie, ce jeudi 6 novembre, les résultats d’un travail de quatre ans mené en partenariat avec le ministère de l’Education nationale. Mandatée par le centre francilien pour l’égalité femmes-hommes, la chercheuse Margot Déage a interrogé en 2023 près de 4 000 jeunes âgés de 11 à 18 ans, originaires de collèges et lycées publics d’Ile-de-France.

Les résultats de l’enquête sont alarmants : 83 % des filles déclarent avoir subi au moins une forme de violence ou de cyberviolence psychologique au cours de l’année écoulée, et près de la moitié rapportent des violences ou cyberviolences sexuelles, soit un écart de dix points de pourcentage avec les garçons dans les deux cas. En outre, être une fille augmente de 65 % le risque d’être victime de violences et cyberviolences psychologiques à haute intensité (1) ; le risque est augmenté de 57 % pour les violences et cyberviolences sexuelles.

Ces attaques peuvent notamment prendre la forme du partage non consenti de contenus intimes. Laura Pereira Diogo, cofondatrice de l’association StopFisha, qui lutte contre le cybersexisme, en a été victime alors qu’elle était au lycée à la fin des années 2010. Entre la première et la terminale, un ami avec qui elle passait des appels FaceTime à caractère intime l’enregistre à son insu et diffuse la vidéo sur son compte Snapchat. «D’autres personnes l’ont sauvegardée à leur tour, et de là est partie une diffusion un peu partout», raconte-t-elle.

Des normes différenciées

De leur côté, les élèves LGBT + sont deux fois plus exposés à toutes les formes de violences à haute intensité que l’ensemble des adolescents interrogés. D’après l’étude, 78 % des filles et 69 % des garçons LGBT + ont subi au moins une violence et cyberviolence sexuelle. «Le double standard hétérocisnormatif, prédominant dans l’ensemble de la société [qui valorise le fait d’être hétérosexuel et cisgenre, ndlr], sévit donc avec vigueur dans les établissements scolaires», analyse l’équipe de recherche.

L’étude pointe du doigt les normes différenciées qui s’appliquent aux élèves selon le genre et l’orientation sexuelle : exigeant des garçons, dès l’entrée au collège, «de prouver leur force physique et leur hétérocissexualité», et imposant aux filles et aux personnes LGBT + «pudeur et retenue». «Les personnes LGBTQIA +, en particulier les personnes trans et non-binaires, sont les plus exposées aux violences parce qu’elles transgressent ces normes sociales dominantes», complète Charlotte Baelde, présidente du Centre Hubertine-Auclert. Les cyberviolences de genre se présentent ainsi comme «des sanctions» imposées par les garçons, en grande majorité, au sein même des établissements scolaires.

Aujourd’hui doctorante, Laura Pereira Diogo se souvient des regards et des mots glissés dans les couloirs du lycée après la diffusion de la vidéo par son cyberagresseur. «Quelques personnes venaient directement m’insulter ou me menacer. A tel point que je me suis battue dans le lycée.» Pour le Centre Hubertine-Auclert, il est indispensable d’alerter les élèves des risques numériques, mais cela ne doit pas se faire «au détriment des enjeux des inégalités de genre». D’autant que les idées masculinistes gagnent du terrain après des jeunes hommes, comme le documentait le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans son rapport annuel de 2025.

Stratégies d’évitement et d’autodéfense

Lorsqu’elle a été victime de cyberharcèlement, Laura Pereira Diogo ne s’était pas tournée vers les équipes éducatives. «Mon but, c’était que ça se tasse le plus possible, explique-t-elle. J’avais bien conscience qu’en parlant à l’établissement, ma famille allait être mise au courant, c’était hors de question.» Seulement un quart des victimes de violences et cyberviolences cherchent de l’aide, souvent en dernier recours, selon l’étude. Les adolescentes et élèves LGBT + développent des stratégies d’évitement et d’autodéfense, en ajustant leur comportement pour moins «se faire remarquer» ou en limitant leurs publications sur les réseaux sociaux, par exemple. Ces mécanismes contribuent à les invisibiliser davantage, sans empêcher la dégradation de leur santé physique et mentale.

Le cercle est d’autant plus vicieux que ces violences ne disent pas leur nom. Au moment de répondre aux questions soulevées par l’enquête, «les élèves ont eu du mal à identifier des motifs sexistes ou LGBTphobes derrière ces attaques», note Charlotte Baelde. Le Centre Hubertine-Auclert rappelle le rôle clé de l’éducation pour responsabiliser les auteurs des actes violents, prévenir la récidive et les annihiler durablement. Pour Laura Pereira Diogo, déjà éveillée aux questions féministes, c’est son association StopFisha qui a été, et qui est encore, sa «thérapie militante».

(1) Cela correspond dans l’étude au fait d’avoir subi plus de cinq agressions au cours de l’année écoulée.

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