Moins de 50 euros pour vivre chaque mois une fois le loyer, les factures et l’alimentation payés, c’est le quotidien d’un tiers des étudiants en France, révèle une étude publiée, mardi 6 janvier, par le syndicat Union étudiante. Menée entre le 1er septembre et le 20 décembre 2025 auprès de plus de 5 000 étudiants, elle révèle la précarité croissante des élèves de l’enseignement supérieur qui rencontrent de plus en plus de difficultés à se loger, se nourrir ou encore se soigner.
Témoignages
«On est de plus en plus à travailler en parallèle de nos études, à galérer à trouver un logement, et les files de distribution alimentaire s’allongent tous les mois», décrit Eloïse Lefebvre Milon, cosecrétaire nationale de l’Union étudiante, qui insiste sur l’importance de «rappeler la situation délétère dans laquelle se trouvent les étudiants» à une période où «certains sont plus concentrés sur les fêtes et la neige».
Sans logement à la rentrée
L’étude documente une crise du logement étudiant, dénoncée par les syndicats depuis plusieurs années : à la rentrée 2025, 29 % des étudiants n’avaient toujours pas trouvé de solution de logement pérenne. Les résultats de l’enquête montrent qu’il faut en moyenne plus de deux mois aux étudiants pour trouver un hébergement, alors que les réponses des plateformes d’orientation Parcoursup et Mon Master peuvent tomber très tardivement. «J’ai été accepté la veille du début des cours et je n’ai donc pu commencer mes recherches d’appart que fin septembre car l’université ne pouvait toujours pas me fournir de justificatif étudiant pour chercher un logement», témoigne un étudiant anonyme cité dans l’étude.
Les plus précaires sont alors forcés de se tourner vers des solutions d’hébergement lourdes de contraintes : cohabitation familiale forcée, distance avec le lieu d’études, voire centre d’hébergement d’urgence. Le Crous, qui propose des logements à tarif social, «n’est pas du tout en mesure d’accueillir tous les étudiants», déplore Eloïse Lefebvre Milon.
Les loyers y ont augmenté d’en moyenne 270 euros par an ces deux dernières années, selon l’étude. En parallèle, les bourses sur critères sociaux «n’ont pas été revalorisées depuis 2023», fustige la cosecrétaire, alors que «l’échelon le plus élevé est en dessous du seuil de pauvreté» : 633,50 euros par mois pour l’année scolaire 2025-2026.
Témoignages
En conséquence, de nombreux étudiants boursiers sont forcés de travailler en parallèle de leurs études. 7 % des répondants y consacrent plus de quinze heures par semaine, soit l’équivalent d’un mi-temps. «Ce que démontrait déjà l’Observatoire de la vie étudiante il y a plusieurs années, c’est que le salariat étudiant est la première cause d’abandon en licence», souligne la syndicaliste.
«Revenu d’autonomie universel»
L’étude de l’Union étudiante fait également état de l’importante souffrance morale des jeunes interrogés : 90 % des répondants témoignent avoir été «en détresse psychologique» au cours de l’année 2025. Un phénomène qu’Eloïse Lefebvre Milon relie à «d’autres chiffres de notre enquête» : «Un étudiant sur dix, après avoir payé son loyer, ses factures et ses frais d’alimentation, se retrouve avec moins de 1 euro sur son compte en banque.»
Les syndicats dénoncent les manquements de la prise en charge. Si les étudiants ont en théorie accès à trois séances de psychothérapie remboursées auprès de professionnels du Crous, décrocher un rendez-vous est souvent mission impossible. «Il n’y a aucun territoire dans lequel il y a suffisamment de psychologues conventionnés», affirme Eloïse Lefebvre Milon. L’étude dénombre «un psychologue conventionné pour 1 028 étudiants en détresse psychologique», avec quatre départements français qui ne comptent aucun de ces professionnels : la Guyane, la Martinique, la Meuse et la Lozère.
Les dispositifs de solidarité étudiante syndicaux et associatifs tournent à plein régime pour essayer de soulager le quotidien des plus précaires, entre distributions alimentaires et accompagnement administratif. «Beaucoup ne connaissent pas leurs droits, comme le fait de pouvoir demander des aides ponctuelles», détaille Eloïse Lefebvre Milon.
A lire aussi
L’Union étudiante demande en priorité une réforme des bourses pour augmenter leur montant «en urgence», mais également la création à terme d’un «revenu d’autonomie universel à 1 288 euros pour l’ensemble des étudiants détachés du foyer fiscal de leurs parents», aligné sur le montant du seuil de pauvreté. Un projet que le syndicat chiffre à 47 milliards d’euros, que l’on peut, selon la cosecrétaire, «trouver en réorientant les fonds injectés dans le système des bourses, mais aussi en allant chercher l’argent où il est, dans les poches des plus fortunés qui s’enrichissent pendant que les étudiants s’appauvrissent».




