Menu
Libération
Université

Pour les premiers de leur famille à faire des études dans le supérieur, «les inégalités se cumulent» sur le chemin de la réussite

Réservé aux abonnés

Les «étudiants de première génération» avancent entre espoirs, précarité et sentiment de décalage social. Derrière la démocratisation des études, leurs parcours rappellent que l’égalité d’accès ne garantit pas l’égalité des chances.

Visite de Sciences-Po Paris par des lycéens pro de Sarcelles, en avril 2024. (Albert Facelly/Libération)
Par
Zoé Fraslin
Publié le 01/02/2026 à 11h46

Lorsque Yasmine Bouzaiane était au lycée, les études rimaient avant tout avec l’argent. S’abîmer les yeux sur ses cours, prendre les transports en commun pendant plusieurs heures, travailler à côté : une mécanique quotidienne, guidée par l’espoir lointain d’un «bon emploi». Née en Italie et arrivée en Seine-Saint-Denis avec sa famille en 2017, l’étudiante de 19 ans, aujourd’hui inscrite en sciences sociales à l’université de Nanterre (Hauts-de-Seine), a longtemps «aimé apprendre». L’école était un refuge, un lieu où elle se sentait enfin «valorisée».

Lorsqu’ils ont compris qu’elle obtenait facilement de bonnes notes, ses parents y ont vu une promesse : celle d’«assurer son futur». Tous deux sont originaires du Maroc et n’ont aucun diplôme. Son père fait des petits boulots, sa mère est employée de ménage. Enfant, elle n’est jamais allée à l’école, afin de pouvoir s’occuper de la maison, et n’a même jamais appris à lire ni à écrire. «Elle m’a confié qu’elle voulait que les gens se disent : “Sa fille, c’est quelqu’un.” Elle avait les larmes aux yeux», se souvient Yasmine Bouzaiane. D’après la jeune femme, ses parents cherchent à travers leur fille aînée une forme de reconnaissance sociale, voire un «investissement» : «Parfois, j’ai l’impression de faire tout ça uniquement pour leur faire plaisir.»

Levier social

Depuis plusieurs années, l’enseignement supérieur s’est largement démocratisé. En 2023, 48 % des 25-49 ans étaient diplômé

Dans la même rubrique