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Investigations

Suicide de Caroline Grandjean : une enquête administrative confiée à l’Inspection générale de l’éducation

La procédure, annoncée mardi 2 septembre au soir, aura pour but de faire «toute la lumière» sur «l’ensemble des faits et des procédures» ayant précédé la mort de la directrice et enseignante du Cantal, victime depuis près de deux ans de harcèlement lesbophobe.

La ministre de l'Education, Elisabeth Borne, à Paris le 27 août 2025. (XAVIER GALIANA/AFP)
Publié le 03/09/2025 à 7h16

C’était la demande des syndicats après le suicide lundi 1er septembre de Caroline Grandjean, directrice d’école et institutrice du Cantal victime de harcèlement homophobe. Le ministère de l’Education nationale a annoncé mardi 2 septembre au soir avoir saisi l’Inspection générale de l’éducation. L’objectif est de «réaliser une enquête administrative» portant sur «l’ensemble des faits et des procédures» ayant précédé le décès afin de «faire la lumière» sur ce drame, a fait savoir dans un communiqué le ministère dirigé par Elisabeth Borne.

La FSU-SNUipp, principal syndicat du primaire, souligne que la directrice de 42 ans, harcelée par un corbeau, «a mis fin à ses jours, après de longs mois de harcèlement lesbophobe sur son lieu de travail» et a réclamé une telle enquête administrative «afin d’éclaircir les différentes responsabilités au sein de l’Education nationale qui, en tant qu’employeur, n’a pas été en capacité de protéger».

«L’enquête judiciaire devra conduire à punir ceux à l’origine des actes discriminatoires qui ont conduit notre collègue à mettre fin à ses jours», a réagi dans un communiqué le syndicat Unsa. «L’enquête interne devra, elle, conduire à comprendre pourquoi l’employeur, informé de la situation, n’a pas réussi à protéger son personnel», a-t-il ajouté.

Dans son communiqué mardi 2 septembre au soir, le ministère de l’Education a bien tenté de défendre ses actions dans cette affaire : «Face aux actes de harcèlement homophobe et de menaces dont elle a été victime, des mesures d’accompagnement avaient été mises en place par l’institution, notamment l’octroi de la protection fonctionnelle, un signalement au procureur, et l’activation de dispositifs de soutien.»

Sur Instagram, Julia Torlet, la présidente de SOS Homophobie, affirme que «l’Education nationale a du sang sur les mains» et que la «lesbophobie tue». «Caro, directrice d’école a décidé de mettre fin à ses jours ce lundi, jour de rentrée. […] Nous sommes dévastés», a écrit mardi sur X le Syndicat des directrices et directeurs d’école.

Elle avait prévenu avant son geste

Directrice d’une école à classe unique à Moussages, Caroline Grandjean, a été retrouvée morte lundi matin à une dizaine de kilomètres, à Anglards-de-Salers (Cantal) près de son domicile, la piste du suicide étant privilégiée, a fait savoir mardi 2 septembre le parquet.

Une enquête «en recherche des causes de la mort» a été ouverte «afin de recueillir tous les témoignages et permettre à la famille d’apporter tous les éléments, même si l’acte ne pose pas de question particulière», a ajouté Sandrine Delorme, procureure de la République d’Aurillac. Aucun écrit n’a pour l’heure été retrouvé, selon elle.

La directrice avait prévenu les secours avant son geste, mais le temps que les gendarmes soient informés, elle était déjà passée à l’acte, selon une source de la gendarmerie.

Durant l’année scolaire 2023-2024, cette directrice avait retrouvé des tags et une lettre anonyme avec menaces de mort concernant son orientation sexuelle. Elle avait alors été arrêtée temporairement par son médecin avant de reprendre son activité. Depuis fin avril, elle était de nouveau en arrêt de travail, selon le rectorat de Clermont-Ferrand.

Une enquête avait été ouverte par le parquet mais celle-ci «n’avait pas permis d’identifier les auteurs» et avait été classée en mars 2025 «en l’absence de nouveaux faits», a précisé la procureure.

L’académie suivait «de près» sa situation, «préparant son retour en tenant compte de ses souhaits», a ajouté le rectorat dans un communiqué, saluant la mémoire d’«une figure respectée du Cantal». L’Education nationale, qui s’est dite «profondément touchée par le décès tragique» de la professeure, a annoncé l’activation mardi d’«une cellule d’écoute» dans la circonscription de son école.

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