Sur le terrain vague qui précède une station-service en périphérie de Sarrebourg (Moselle), les caravanes forment un cercle compact de familles. Comme un rempart discret autour de celle, au centre, de Marie Hubert. A l’intérieur, la lumière peine à entrer en ce jour de novembre : les rideaux épais absorbent le jour, tandis que se diffuse la chaleur du café soluble qu’elle prépare, «le meilleur». La radio joue un vieux standard de jazz manouche ; derrière la porte, les doigts de l’un de ses quinze enfants cherchent leurs notes sur une guitare.
L’année 2026 marque le quatre-vingtième anniversaire de la fermeture des derniers camps français pour «nomades», un chapitre presque absent de l’histoire nationale. Depuis le discours de François Hollande en 2016, première reconnaissance timide d’un internement «décidé par l’Etat», peu de choses ont changé. Le mémorial de Montreuil-Bellay pourrait ouvrir en fin d’année, mais rien n’est certain. La France laissera peut-être passer cet anniversaire. Pas Marie Hubert, l’une des dernières voix à raconter cet internement. Derrière l’octogénaire, deux classeurs débordent de photos, de lettres, de morceaux de vie. Et, glissée d




