En résumé :
- Une marche s’est tenue ce samedi après-midi à Lyon en hommage au militant d’extrême droite Quentin Deranque, jusqu’au lieu où le jeune homme a été roué de coups le 12 février, à la suite d’un affrontement avec des antifascistes. Le rassemblement s’est dispersé, sans heurts notables pour l’instant.
- Le défilé, organisé par l’extrême droite radicale, a rassemblé 3 200 participants, selon la préfecture, dont des militants néonazis français, a repéré Libération. Pour l’encadrer, la préfecture avait mis en place «un dispositif de sécurité important».
- Le maire de Lyon, l’écologiste Grégory Doucet, avait demandé l’annulation de l’événement en raison des risques de violences. Idem pour l’insoumis Manuel Bompard, qui évoquait une «menace pour les habitants» de Lyon. Le président du RN, Jordan Bardella, a recommandé à ses cadres de ne pas s’y rendre.
- Sept suspects, liés à la mouvance de la gauche radicale, ont été mis en examen jeudi soir pour «homicide volontaire» ou «complicité». Parmi eux, figurent trois collaborateurs parlementaires du député LFI Raphaël Arnault.
De rares politiques dans le cortège
Alors que Jordan Bardella avait fait passer le message aux cadres du RN de ne participer à la marche en hommage à Quentin, un assistant d’une députée du parti d’extrême droite a toutefois été vu dans le cortège ce samedi par l’AFP. Le RN n’a «aucun lien de près ou de loin» avec l’ultradroite, a encore prétendu le président du parti ce samedi matin. Par ailleurs, le sénateur LR du Rhône Etienne Blanc est aussi venu, «à titre personnel». Quentin Deranque «est catholique, pratiquant, sans doute conservateur, nationaliste, il aime son pays et ça lui coûte la vie», «ça fait plus qu’interroger», a-t-il expliqué à l’AFP.
Bompard critique la tenue de la marche à Lyon «dans laquelle on fait des saluts nazis»
«Comment le ministre de l’Intérieur et la préfecture ont pu autoriser une manifestation dans laquelle on fait des saluts nazis et on scande des slogans homophobes ? Ou le premier rang comprend tout le gratin de l’extrême droite antisémite et xénophobe ?», s’étrangle ce samedi soir le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard. Ce dernier avait demandé vendredi l’interdiction de la marche à Lyon, estimant qu’elle serait «loin d’être seulement un hommage à la victime. Elle est prévue pour être une véritable démonstration fasciste dans les rues».
L'organisatrice de la marche de Lyon, mariée à un néonazi, condamne les saluts nazis
«S’il y a eu des saluts nazis, je les condamnerai évidemment. Ces personnes n’ont pas eu une attitude digne», réagit ce samedi soir sur BFMTV l’organisatrice de la marche, Aliette Espieux, elle-même mariée à un néonazi.
La préfecture du Rhône saisit la justice pour des «gestes et propos répréhensibles»
«Conformément aux instructions données par le ministre de l’Intérieur, la préfète signale immédiatement au procureur de la République tous les gestes et propos répréhensibles qui sont détectés actuellement sur les réseaux sociaux», écrit la préfecture du Rhône ce samedi soir sur X. Cela concerne des saluts nazis ainsi que des insultes racistes et homophobes repérés sur des vidéos de la marche, mises en ligne sur les réseaux sociaux, a ensuite précisé un porte-parole de la préfecture. Libération a notamment repéré des saluts nazis. Des insultes racistes ou homophobes ont été relatées par des reporters présents sur place.
Saluts nazis parmi les premiers rangs de la manifestation d'extrême droite de ce samedi à Lyon.
— Pierre Plottu (@pierre_plottu) February 21, 2026
Tellement grillé que le service d’ordre intervient pour calmer l'intéressé!
(Images sur place par @ClementLanot) pic.twitter.com/WC38xjmnsT
En outre, «plusieurs journalistes ont également signalé le comportement inadapté du service d’ordre de la manifestation», ajoute la représentation de l’Etat dans le département, selon qui «les autorités sont intervenues à chaque fois auprès des organisateurs».
Une possible campagne orchestrée contre LFI sur TikTok
Les vidéos de la manifestation lyonnaise diffusées sur le compte TikTok du média de Brut semblent faire l’objet d’une campagne de bot anti-LFI ce samedi après-midi. Selon les observations de Libération, de nombreux messages sont postés en même temps sous les vidéos et comportent des réflexions similaires sur le danger que représenterait le mouvement de Jean-Luc Mélenchon pour la vie publique et le vivre ensemble. La France insoumise a été ciblée tout au long de la marche à Lyon ce samedi par des slogans hostiles des manifestants, ont constaté les reporters de Libé. Plusieurs personnes mises en examen dans la mort de Quentin Deranque seraient proches ou appartiendraient à la Jeune Garde, organisation antifasciste qui avait des liens avec LFI avant sa dissolution.
Une banderole pour Quentin, avec un symbole de l’extrême droite intégriste
Arrivant au bout du parcours, l’organisatrice au micro appelle à «entrer en silence par égard pour la solennité de ce moment». Silence tenu quelques secondes, avant que ne reprennent de l’arrière du cortège les clameurs de «LFI assassins !». Puis, alors que le calme revient une banderole «réalisée par les amis de Quentin» est déployée là où il a reçu les coups mortels : en lettres blanches sur fond noir, on y lit l’inscription «Adieu camarade», encadrée d’une effigie du défunt et d’un chrisme - symbole christiano-romain adopté par l’extrême droite intégriste. Des flambeaux sont allumés par plusieurs personnes, dont une partie de jeunes hommes masqués.
«Les gars, y’a les caméras !»
Les observations d’un journaliste du Figaro :
Sur le bord du cortège, quelques cris : « À bas les bougnoules ! Les PD ! »
— Paul Sugy (@PaulSugy) February 21, 2026
Un membre du service d’ordre fait taire ces cris : « Les gars, y’a les caméras ! »
La foule reprend des slogans au nom de Quentin. pic.twitter.com/oxAymEUFDt
«On va reprendre ce pays», scandent les manifestants
Les cris s’élèvent encore dans les rues de Lyon. «Antifas assassins», «Mélenchon anti France» proclament les manifestants, «Doucet complice !». Un orateur annonce «un avant et un après Quentin» et promet : «On va reprendre ce pays.» La foule scande : «La rue, la France nous appartient.» La tête du cortège atteint le coin de la rue Victor Lagrange, sa destination, à une centaine de mètres de là où s’est terminée la rixe mortelle. Des CRS se casquent, la préfecture signale des jets de projectiles contre les forces de l’ordre.
A Lyon, «on est chez nous» et bras tendus
«Mélenchon en prison», lance une voix dans le cortège lyonnais. «Gauchos collabos !» entonne une autre. Sur un balcon, une famille affiche son soutien avec un drapeau français suspendu à la rambarde. Juste au-dessus, une femme voilée observe la scène sans un mot. En bas, deux jeunes commentent en la regardant : «Ça va être la fête des voisins», ironise l’un. «Ah ouais, elle va pas faire la maligne», ajoute son ami. Dans le cortège, les slogans s’enchaînent. Des «on est chez nous» fusent par vagues. La Marseillaise est entonnée à plusieurs reprises. Quelques bras se tendent ensemble vers l’avant. Entre deux chants, des sifflets éclatent ici et là.
D'autres figures de l'extrême droite radicale française dans la marche à Lyon
Le cortège lyonnais tient visiblement de la réunion de famille pour tout ce que le pays compte de néofascistes et néonazis. Libération a pu y apercevoir Yvan Benedetti, ancien frontiste exclu du parti en 2010, puis président de l’Œuvre française, dissoute en 2013, et aujourd’hui à la tête du groupuscule Les Nationalistes. Il a été condamné plusieurs fois pour propos négationnistes ou antisémite. Ou encore Tristan Arnaud, alias «le Cogneur», condamné en janvier 2024 à trois ans de prison pour des violences racistes à Clermont-Ferrand. Ancien membre de «Clermont non-conforme», groupuscule qui s’illustre selon Streetpress «par son amour du IIIe Reich et sa très haute propension à la bagarre de rue», que ce soit avec des «militants de gauche» ou «des exs des membres féminines du groupe».
Plusieurs figures de l'extrême droite radicale française repérées par Libération à Lyon
Dans la foule du cortège à Lyon ce samedi, des journalistes de Libération ont reconnu des personnages peu recommandables. Comme Alexandre Gabriac, ancien militant du Front national et président du mouvement d’extrême droite des «Jeunesses Nationalistes», exclu du parti par Marine Le Pen en 2011 pour avoir posé en faisant un salut nazi devant un drapeau nazi, avant de récidiver un an plus tard en Italie pour rendre hommage à Mussolini. Ainsi que Marc de Cacqueray-Valmenier, ancien dirigeant des Zouaves Paris, un groupuscule de hooligans néo-nazis dissout en 2021 après la violente agression de militants de SOS Racisme lors d’un meeting d’Eric Zemmour. Ce dernier, qui vient d’être condamné en appel à un an de prison dont six mois ferme pour ces violences, serait membre du service d’ordre de la marche.
Une «inversion alarmante des valeurs»
Adjoint au patrimoine de la mairie du 5e arrondissement de Lyon, et en campagne au sein de la liste d’union de la gauche et des écologistes, Philippe Carry s’insurge que l’hôtel de la région Auvergne-Rhone Alpes, présidée par Laurent Wauquiez, arbore depuis ce matin le portrait de Quentin Deranque. La veille, l’hôtel de ville de l’actuel maire écologiste Gregory Doucet avait rejeté l’appel, lancé par le candidat à la mairie Jean-Michel Aulas, à en faire autant. «Comme la minute de silence des députés, qui était un affront et une provocation à la mémoire aux innombrables victimes de l’extrême droite, martèle Carry. Aucune mort ne peut être justifiée par des idées, mais quand la région choisit cet affichage aujourd’hui, elle dit ‘‘bienvenue à la violence’’». Pour lui, dont l’échoppe a subi dégradations et assauts d’intimidation, comme les plaques de la rue Juiverie où elle se trouve, c’est là dérouler le tapis rouge à une «inversion alarmante des valeurs».
Billet
Une marche qui «bat en brèche le travail d’acteurs de terrain humanistes»
De l’autre côté du Rhône, dans les étroites ruelles du Vieux Lyon, revendiqué ces dernières années en fief par l’extrême droite identitaire jusqu’à la dissolution de nombreux groupuscules et associations en 2024, il règne une atmosphère apaisée comme rarement. Au coin de la montée où était logé le repaire néofasciste la Traboule, se trouve l’Horloger de Saint-Paul, l’échoppe depuis 1987 de Philippe Carry, figure chevronnée du militantisme antiraciste lyonnais. Au travail au milieu du concert de tintements mécaniques, il se désole de voir la tenue de la manifestation, avec «l’approbation de la préfecture, donc l’Etat», venir balayer et «battre en brèche le travail d’acteurs de terrain humanistes et antiracistes pour documenter la violence» des mouvances brassées par le défilé, et en faire refluer l’emprise au cœur de la ville.
Environ 3 200 participants à la marche de Lyon
La préfecture du Rhône a publié un premier décompte de la mobilisation ce samedi après-midi à Lyon : elle rassemble 3 200 participants, dans le calme, pour l’instant. Domitille Casarotto, l’une des organisatrices, a pour sa part estimé la participation à 3 500 personnes. Le ministère de l’Intérieur attendait de 2 000 à 3 000 personnes, venues de toute la France et même d’Europe.
Les journalistes empêchés par le service d'ordre
Les journalistes sont tenus très à l’écart du cortège, disent ne pas pouvoir travailler ou au risque de se trouver complètement isolé dans le cortège. La préfecture se contente de répondre «ne pas être responsable du service d’ordre» de la manifestation - organisée par l’extrême droite radicale. «Actuellement, l’enjeu pour nous est d’assurer la fluidité de l’avancée du cortège pour votre sécurité et le bon déroulement de la manifestation», développe la représentation de l’Etat dans le Rhône.
Doigts d'honneur
Comme ce père en tee-shirt blanc avec sa fillette blonde sur ses épaules, la foule scande «justice pour Quentin» ! «Antifas assassins !» «LFI complice !» Des passants observent la marche l’air désolé et filment avec leurs portables. À mesure que le cortège avance, des stickers au visage de Quentin apparaissent le long du trajet, collés sur des poteaux, des vitrines ou des panneaux. Là-haut, au septième étage d’un immeuble sans charme, une jeune femme en sweat blanc danse sur son balcon en lançant des doigts d’honneur appuyés à la foule, qui n’y a visiblement pas prêté attention. De nombreux manifestants gardent le visage dissimulé, malgré l’interdiction de la préfecture.
Un cortège constitué d'une majorité de jeunes hommes va s'élancer
La foule reste silencieuse sur la place Jean-Jaurès à Lyon. Des jeunes hommes majoritairement, certains masqués. Quelques femmes aussi. Par touches, des drapeaux. Et sur plusieurs vestes, des stickers au nom de la victime. Une banderole «justice pour Quentin Deranque», avec son portrait, barre la tête du cortège à côté d’un drapeau français. Le signal est donné peu après 16 heures : le cortège va s’élancer en direction de la rue Victor-Lagrange, là où le militant d’extrême droite a été mortellement frappé jeudi 12 février.
«C’est nous les gentils»
Depuis la camionnette en tête de cortège sur la place Jean-Jaurès de Lyon, un orateur barbu hausse le ton. Il assure que les participants sont «déterminés à combattre le système (..) des gauchistes». Quand les noms de l’eurodéputée LFI Rima Hassan et du député insoumis Raphaël Arnault sont cités, des huées montent dans la foule. Même réaction à l’évocation du maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, accusé par l’orateur d’avoir prêté des locaux municipaux à la Jeune Garde, le groupe militant antifasciste dont plusieurs membres sont soupçonnés d’avoir participé à l’agression ayant entraîné la mort du jeune homme de 23 ans. L’orateur exhorte ensuite la foule à «continuer de se battre comme le faisait Quentin». Avant de conclure, solennellement et dans une totale inversion des valeurs digne de Trump : «Nous allons gagner, parce que c’est nous les gentils.»
Parmi les consignes à Lyon, «pas de visage cagoulé, pas de geste intempestif»
«Les instructions sont claires. La marche doit respecter un certain nombre de règles.» Juste avant le début de la marche à Lyon, la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, avait rappelé les consignes. En l’occurence, «pas de visage cagoulé, pas de geste intempestif». Mais de quels gestes intempestifs parle-t-on ? Rappelons que dimanche soir, à Paris, une cinquantaine de personnes ont été filmées sur le boulevard de Ménilmontant, faisant des saluts nazis aux cris de «on est chez nous, justice pour Quentin». «Il ne doit pas y avoir également de mouvement en dehors de cette marche», a ajouté la préfète, citée par BFMTV, qui assure également «avoir fait ce qu’il fallait pour que cette marche se passe dans les meilleures conditions». Et sous haute surveillance.
Les organisateurs demandent une marche «digne», «pacifique»
Depuis une camionnette qui précède le cortège, la prise de parole commence. L’oratrice évoque Quentin Deranque comme «un ami, un fils, un frère» et affirme qu’il a «trouvé la mort sous les coups cruels de la violence antifasciste», qu’il a «rendu son âme à Dieu», «mort pour servir». Il est décrit comme «un homme vertueux, droit, vivant, joyeux», «un militant convaincu qui a vécu selon ses convictions». Dans la foule, plusieurs têtes hochent lentement. Au micro, les consignes tombent : marche «digne», «pacifique». L’oratrice affirme que le père de Quentin Deranque soutient l’initiative. La famille, qui ne participe pas à la marche, avait appelé vendredi «au calme et à la retenue», souhaitant que ce rassemblement se fasse «sans violences» et «sans expression politique».



