Deux médecins controversés et «une révélation divine», qui les aura conduits devant le tribunal correctionnel de Paris, ce lundi 8 décembre. Ils sont poursuivis pour avoir mené des essais cliniques illégaux sur au moins 380 malades de Parkinson ou d’Alzheimer, entre 2018 et 2019. Le très polémique professeur Henri Joyeux, figure de proue des antivaccins, et son confrère, Jean-Bernard Fourtillan, persuadaient leurs patients d’avoir mis au point un traitement miracle, moyennant d’importants dons d’argent.
«Une fondation spirituelle» pour un traitement miraculeux
Au centre des essais, l’alliance de deux molécules aux effets inconnus, la valentonine et le 6-méthoxy-harmalan, jugée «révolutionnaire» par le Pr Jean-Bernard Fourtillan. En 2017, ruiné par ses recherches pharmacologiques, il réussit à convaincre Henri Joyeux, antivax notoire, de s’associer dans la création d’une «fondation spirituelle» qui doit donner vie à leurs croyances : le Fonds Josefa (du nom d’une religieuse espagnole du Sacré-Cœur-de-Jésus morte en 1923 à Poitiers).
Respectivement président et vice-président de la structure, les deux hommes administrent leur traitement sous forme de patchs à plusieurs centaines de malades dans une abbaye catholique près de Poitiers, sans jamais solliciter l’autorisation de l’Agence nationale de la sécurité du médicament (ANSM). Leurs recherches sont financées par les dons de leurs patients, qui transitent via le Fonds Josefa.
Des «conséquences graves, voire mortelles»
En septembre 2019, après un signalement, l’ANSM met immédiatement fin à l’essai et à ses méthodes clandestines. «Les patients passaient une nuit dans l’abbaye. Ils recevaient un patch le soir, puis on leur faisait une prise de sang le lendemain matin», rapportait à l’époque Bernard Celli, directeur de l’inspection à l’ANSM. Au-delà du caractère illégal de leur entreprise, les Pr Fourtillan et Joyeux auraient aussi mis leurs patients en danger. «On aurait demandé à des patients d’arrêter complètement leurs traitements», affirmait en 2019 Philippe Damier, alors président du conseil scientifique de l’association France Parkinson. Un arrêt brutal pouvant entraîner des conséquences «graves, voire mortelles», rappelait-il.
Dès 2020, en plus de l’enquête ouverte par l’ANSM, Henri Joyeux et Jean-Bernard Fourtillan sont mis en examen par le pôle santé du parquet de Paris, chargé de l’affaire, et visés par une plainte de l’Ordre des médecins pour «exercice illégal de la médecine».
Démentis et sorties complotistes
Depuis la médiatisation de l’affaire, les deux hommes ont adopté une stratégie différente. Henri Joyeux s’est fait discret, se contentant de nier en bloc les accusations sur son site internet. «Il s’agit d’un test de preuve de concept, phase antérieure à un essai clinique. Cela n’a rien d’illégal», justifiait-il dans un communiqué publié en 2019.
A l’inverse, ces déboires judiciaires n’ont pas dissuadé son confrère de diminuer les sorties médiatiques et polémiques : Jean-Bernard Fourtillan, très soutenu sur les réseaux sociaux, a participé au documentaire complotiste Hold-up. Il y affirme que le virus du Covid «a été fabriqué par l’Institut Pasteur», une fausse information dénoncée à plusieurs reprises et démentie par l’Institut, qui a porté plainte contre lui.
Seuls 4 des 380 patients parties civiles au procès
Sur les près de 400 patients ayant participé à ces essais, seuls quatre se sont constitués partie civile au procès. Le principal instigateur des essais Jean-Bernard Fourtillan, âgé de 82 ans, devrait être absent du prétoire. Selon les affirmations de ses soutiens sur les réseaux sociaux, il serait interné dans un hôpital psychiatrique.
Son principal complice, Henri Joyeux, 80 ans, et d’autres personnes ayant été impliquées dans les essais et les actions du Fonds Josefa, devront faire face à l’ANSM, l’Ordre des médecins et l’Ordre des pharmaciens, qui se sont constitués parties civiles au procès. Les audiences doivent se tenir jusqu’au 18 décembre.




