Il y a presque deux ans jour pour jour, le président de la République parlait de la nécessité d’un «réarmement démographique». Promis par Emmanuel Macron mais longtemps resté lettre morte, un plan contre l’infertilité a enfin été présenté ce jeudi 5 février par le gouvernement. «Le temps est à l’action», assure le ministère de la Santé dans un communiqué, sur ce sujet qui touche plus de trois millions de Français. «Les enjeux de l’infertilité ont été analysés dans tous leurs aspects» pour permettre le «lancement immédiat de mesures concrètes et trop longtemps attendues», a complété Stéphanie Rist lors de la présentation du projet.
Chez les patients, l’annonce de ce plan a été saluée par le collectif BAMP, qui rassemble des personnes infertiles ou en parcours de procréation médicalement assistée (PMA). «On passe dans une nouvelle ère, on n’a jamais été à ce niveau-là de considération des sujets de fertilité et d’infertilité», s’est enthousiasmée sa présidente, Virginie Rio, prévenant toutefois qu’il s’agissait là d’un point de départ et qu’il restait «beaucoup de travail».
La sensibilisation
La quinzaine de mesures annoncées répondent notamment à une demande de longue date des experts : mieux sensibiliser la population au risque de trop attendre, alors que la fertilité chute vite avec l’âge et que les difficultés à concevoir sont souvent liées à des tentatives trop tardives. Mesure phare du plan, une campagne de prévention à partir de la fin de l’été, via un message qui doit être envoyé à tous les Français au cours de leur trentième année.
Interview
Mais, promet le ministère, il ne s’agit pas d’être «prescriptif» pour inciter à avoir des enfants. Cette précision s’inscrit dans un contexte sensible : le chef de l’Etat avait été critiqué par plusieurs associations féministes pour avoir lié l’infertilité à une problématique de «réarmement démographique», une rhétorique guerrière jugée inadéquate.
Le message respectera le choix de ne pas avoir d’enfant en rappelant aussi des éléments sur la contraception, a expliqué le ministère, assurant qu’il s’agissait surtout «d’éviter le “si j’avais su”». Une campagne de communication sur les enjeux de reproduction doit être lancée fin 2026 et, très prochainement, un site d’informations sur le sujet.
La congélation des ovocytes
Le ministère, qui n’a pas détaillé le budget d’ensemble, veut également démocratiser la possibilité de congeler ses ovocytes, un choix permis par la loi bioéthique de 2021 mais qui se heurte dans les faits à de longs délais d’attente. D’ici à 2028, le ministère voudrait habiliter plusieurs dizaines de nouveaux établissements à le faire. Il envisage clairement d’ouvrir ce terrain au privé, assurant néanmoins que la procédure restera gratuite et exempte d’une «logique marchande».
La loi permet désormais aux femmes âgées de 29 à 37 ans d’accéder gratuitement à une préservation de leur fertilité, sans raison médicale. Avec un temps d’attente allant d’un à deux ans en moyenne, ce parcours est particulièrement long, libérateur pour certaines, douloureux pour d’autres. Devant l’ampleur de la demande et faute de moyens, des hôpitaux refusent les patientes ne vivant pas dans le même département.
Le syndrome des ovaires polykystiques
Le plan promet aussi une meilleure prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), un trouble qui touche de nombreuses femmes (un peu plus d’une femme sur dix en âge de procréer serait concernée) et favorise l’infertilité. C’est aussi le cas de l’endométriose, qui fait déjà l’objet d’un plan gouvernemental. Le SOPK, qui peut induire, entre autres, des troubles métaboliques (diabète, surpoids, obésité), un excès de pilosité, un risque cardiovasculaire supérieur, restait jusqu’alors largement absent des discours publics.
Décryptage
Pourtant, ses conséquences sont référencées : «ce syndrome peut entraîner des symptômes sur trois générations», rappelait à Libération le directeur de recherche à l’Inserm Paolo Giacobini, qui a dirigé des recherches sur un anticorps dont les résultats sont prometteurs.
La question de la mortalité infantile
Aux côtés de ce plan contre l’infertilité, qui sera piloté par les auteurs du rapport de 2022 – le professeur Samir Hamamah et la patiente Salomé Berlioux –, le ministère a aussi annoncé travailler sur les enjeux de santé liés à la naissance. La France présente des taux de mortalité infantile et maternelle nettement supérieurs à nombre de voisins européens. Alors que les facteurs et les hypothèses semblent multiples : maternités surchargées, inégalités sociales… L’objectif est de «faire émerger un consensus sur les causes», a expliqué le ministère.
Une longue attente
Pour les patients et les spécialistes, l’attente a été longue. Si le Président avait promis un plan en 2024, ses racines remontent même à 2022, lorsque le gouvernement avait commandé un rapport sur le sujet. Depuis, quasiment rien, alors que l’infertilité touche plus de trois millions de Français, selon ce rapport. Seul un volet lié à la recherche s’était concrétisé avec le lancement de plusieurs programmes, par exemple pour améliorer l’efficacité des PMA.
Témoignage
L’avenir même du plan était incertain. A la tête du ministère de la Santé pendant le plus gros de 2024 et 2025, Catherine Vautrin avait marqué sa préférence pour un plan plus large, autour des thématiques de vieillissement et de natalité, faisant craindre un mélange des genres chez les spécialistes.
Le recentrage sur l’infertilité est désormais assumé par l’actuelle ministre, Stéphanie Rist. Les Français, quand ils veulent un enfant, «ne passent pas leur temps à voir des graphes sur la démographie», a pointé le ministère lors du point à la presse.




