La polémique suscitée par l’offre Premium de la SNCF interdite aux moins de 12 ans a ravivé le débat autour de la place des enfants dans la société. A un mois et demi des élections municipales, associations et défenseurs des enfants accentuent la pression sur les candidats sur l’enjeu d’avoir des villes «kids-friendly».
«Il faut faire de l’enfance une priorité absolue» de ce scrutin, a exhorté la secrétaire générale de l’Unicef France, Béatrice Lefrançois, lors d’un colloque dédié au sujet, ce mardi 3 février à Paris. «Il y a un peu plus de 14 millions d’enfants en France et 80 % des familles qui ont des enfants vivent en milieu urbain, a-t-elle détaillé. Or les tendances qu’on observe interpellent.»
«A la fin des années 80, un enfant sur deux se rendait seul à l’école, aujourd’hui c’est 9 % seulement des élèves de CM2», a ajouté la représentante du Fonds des Nations unies pour l’enfance en France, déplorant «un recul dans l’autonomie de ces enfants» devenus des «enfants d’intérieur».
Interview
En cause notamment, le sentiment d’insécurité ressenti par les jeunes – un sur cinq dit ne pas se sentir en sécurité dans son quartier, selon la dernière consultation nationale de l’Unicef – et leurs parents – trois quarts d’entre eux considèrent la marche plus dangereuse qu’à leur époque et 90 % s’inquiètent de la sécurité routière.
Convaincue que les «maires ont un rôle déterminant» pour changer la donne, l’Unicef a publié lundi une série de 10 recommandations à destination des édiles pour fabriquer des «villes à hauteur d’enfants».
300 communes engagées dans l’initiative «ville amie des enfants»
Importé d’Italie dans les années 90, le concept préconise d’organiser la ville autour des besoins des enfants en instaurant notamment des zones piétonnisées autour des écoles – à l’image de l’initiative parisienne «la rue aux écoles» –, repenser les aires de jeux, élargir et sécuriser les trottoirs, ajouter des espaces verts…
Il est indispensable «d’aménager des espaces extérieurs aux enfants, de leur ouvrir la ville et la nature», abonde le collectif CEP-Enfance, qui regroupe une centaine d’organisations (FCEP, ATD-Quart Monde, Ligue des droits de l’homme…) dans un communiqué publié ce mardi, appelant les maires à avoir une «vision globale».
Protection
Le plaidoyer des associations de défense des droits des enfants au moment des élections ne date pas d’hier, mais il prend une dimension particulière cette année avec le tollé suscité fin janvier par la nouvelle classe affaires Optimum «sans enfants» de la SNCF.
Cette annonce a provoqué l’indignation des politiques de tous bords, le Défenseur des enfants, Eric Delemar, appelant de son côté à un «sursaut politique» face aux violations régulières des droits des enfants en France.
Billet
En vingt ans, les choses ont tout de même évolué en France – 300 villes sont engagées dans l’initiative «ville amie des enfants» de l’Unicef, contre une douzaine en 2002. Mais «il faut aller plus loin» et généraliser ces espaces, a pour sa part estimé Tony Renucci, directeur général de l’association Respire. «Les enfants sont à hauteur des pots d’échappement, or leurs organismes ne sont pas encore formés, ils respirent aussi plus vite, donc ils aspirent plus de polluants», a-t-il avancé. Plus largement, la rue aux écoles «permet une baisse pouvant aller jusqu’à -30 % en moyenne de concentration au dioxyde d’azote», a-t-il vanté, avant de conclure : «On voit que les solutions existent, il faut maintenant amplifier» le mouvement.
«Alternative» aux écrans
Un avis partagé par le gouvernement, à commencer par la haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry, qui a fait de la lutte contre les espaces «no-kids» («sans enfants») son cheval de bataille.
«Il n’y a rien de révolutionnaire, il n’y a rien d’utopique, il n’y a rien d’insurmontable», souligne-t-elle, insistant sur le fait qu’une ville «kids-friendly» serait «bénéfique pour tout le monde», notamment pour les personnes âgées ou en situation de handicap, et constituerait une «alternative» aux écrans.
Surexposés
Face à «la pollution de l’air, au bruit, au bétonnage excessif et à l’absence de nature», il est crucial que les maires activent tous les leviers et «accélèrent les démarches», a jugé la ministre de la Santé et des Familles, Stéphanie Rist, pour qui il s’agit d’un «enjeu de santé publique». La ministre a tout de même appelé les édiles et futurs édiles en campagne à ne pas se contenter d’en faire un simple «outil de marketing» électoral.




