Menu
Libération
Protection de l'enfance

Violences dans le périscolaire : la défenseure des enfants de Paris rapporte «150 saisines» depuis mi-décembre

Interrogée sur France Info ce 31 janvier, Dominique Versini appelle à «changer la loi» pour mieux encadrer le périscolaire, deux jours après les révélations de «Cash Investigation» sur des dysfonctionnements dans la gestion des cas de violences par des animateurs parisiens.

A Paris, 19 animateurs ont été suspendus en 2025 après avoir fait l’objet de signalements pour des faits à caractère sexuel. (Antoine Boureau/Hans Lucas. AFP)
Publié le 31/01/2026 à 11h00

Depuis la fin d’année dernière, les révélations et signalements de violences sexuelles perpétrés par des animateurs périscolaires s’accumulent, au point d’être devenues l’un des sujets centraux de la campagne des élections municipales. Et à nouveau, la ville de Paris est pointée, cette fois après une enquête de Cash Investigation diffusée le 29 janvier sur France 2. Interrogée par Franceinfo ce samedi 31 janvier, la défenseure des enfants de la ville de Paris, Dominique Versini, rapporte «150 saisines», notamment en lien avec le périscolaire, depuis sa nomination à la mi-décembre.

Ces remontées émanent, pour beaucoup de «parents inquiets» sur des faits passés, détaille l’élue socialiste. Dans les 620 écoles de la capitale, environ 15 000 animateurs s’occupent des enfants à la cantine, garderie du soir et activités les mardi et vendredi après-midi. 19 ont été suspendus en 2025 après avoir fait l’objet de signalements pour des faits à caractère sexuel. Ils sont 128 sur les dix dernières années.

Ces faits sont une trace de l’ampleur de «dérives systémiques» que Dominique Versini dénonce, et dont la prise de conscience sociétale est encore toute récente. Ces dernières années, des travaux dont ceux de la Ciivise (Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants), ont décrit un «continuum de violences physiques, psychologiques et sexuelles». L’omerta semblerait se fissurer, souligne tout de même Dominique Versini : « Les parents osent [signaler] car les enfants arrivent à en parler».

Il n’empêche, l’émission de France 2 vient rajouter une couche à l’embarras de la municipalité parisienne, en pleine campagne électorale. L’enquête journalistique, menée en partie en caméra cachée, a révélé les lourds dysfonctionnements : des comportements suspects d’animateurs jamais remontés malgré les alertes ; des parents non informés malgré des procédures en cours. Ces failles ont été avouées à demi-mot par le premier adjoint en charge de l’éducation, Patrick Bloche. Et dénoncées par les candidats à la mairie de Paris, de la LR Rachida Dati à l’insoumise Sophia Chikirou, jusqu’à Emmanuel Grégoire, socialiste et pourtant premier adjoint de 2018 à 2024.

Recrutement

«La ville a pris le problème au sérieux», défend Dominique Versini. L’ancienne adjointe d’Anne Hidalgo chargée de la protection de l’enfance rappelle qu’elle avait «mis en place un premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants».

Mais elle reconnaît aussi des défaillances dans le recrutement - qui émanerait plutôt des «administrations» : «Ce n’est pas parce que quelqu’un n’a pas de casier judiciaire et n’est pas sur le fichier des gens qui ont commis des agressions sexuelles qu’il est apte à exercer la fonction d’animateur». Elle appelle à «changer la loi», afin d’empêcher «tout animateur ayant eu ce type de comportement» d’être employé dans une autre école. Ils devraient aussi, selon la socialiste, «être recrutés par des gens compétents, formés, des psychologues qui peuvent repérer un pédocriminel

Depuis les révélations de jeudi, le ministre de l’Education nationale, Édouard Geffray, a annoncé avoir procédé à «plusieurs signalements» à la justice. Selon Franceinfo, la Ville de Paris a suspendu deux animatrices mises en cause dans l’émission Cash Investigation.

Dans la même rubrique