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A Mayotte, un recensement «hors norme» commence ce jeudi pour clore la polémique sur le nombre d’habitants

Si l’Insee estime qu’environ 320 000 personnes vivent sur l’archipel, beaucoup d’élus sont persuadés qu’on est plus proche des 500 000 habitants. Pour faire taire les critiques, un comptage qui se veut exhaustif débute ce jeudi 27 novembre. 700 agents sont mobilisés pendant un mois.

A Mayotte, le 20 décembre 2024, une semaine après le passage du cyclone Chido. (Adrienne Surprenant/AP)
Publié le 27/11/2025 à 10h32

Combien d’habitants vivent réellement à Mayotte ? Pour répondre à la question, l’Insee lance ce jeudi 27 novembre un recensement exhaustif sur l’archipel. Cette opération, rendue nécessaire par le passage du cyclone Chido en décembre, doit également clore la polémique sur la population du 101e département français.

Jusqu’au 10 janvier, quelque 700 agents recenseurs sillonneront le territoire de l’océan Indien pour compter ses habitants. Objectif : actualiser des chiffres qui datent de 2017, lors du dernier recensement, et dresser un portrait détaillé de la population, depuis ses nationalités jusqu’à ses conditions de logement. Depuis des années, la classe politique mahoraise critique les chiffres de l’Insee, accusée d’ignorer une partie des habitants vivant dans les bidonvilles. A la clef, pointent ces élus, des dotations insuffisantes et des services publics saturés.

Mayotte compterait jusqu’à 500 000 habitants, affirment-ils, des chiffres repris par le gouvernement de François Bayrou dans les semaines ayant suivi Chido. L’Insee maintient, elle, son estimation de 321 000 habitants au 1er janvier 2024, dont environ la moitié de nationalité étrangère. Auprès de Libération, Jean-Luc Tavernier, l’ex-directeur général de l’Insee, jugeait en janvier «indécent» de voir le travail de son institut aussi «dénigré par des responsables politiques locaux et nationaux».

«Un véritable tour de force»

Depuis 2021, pour répondre aux demandes des élus locaux, l’institut statistique avait entamé un recensement «en continu», comme en métropole, en recensant chaque année un cinquième du territoire. Un processus qui devait entamer sa cinquième année en 2025 et enfin fournir des résultats consolidés mais que Chido est venu interrompre, en bouleversant le bâti et en déplaçant les populations.

La loi pour la refondation de Mayotte a donc prévu un recensement exhaustif, exceptionnel par son ampleur et son calendrier. Réussir à l’organiser dans ces délais a été «un véritable tour de force», assure Fabrice Lenglart, nommé en juin à la tête de l’institut statistique. Pour préparer le terrain, la trentaine d’employés de l’Insee à Mayotte, renforcés par des équipes venues de l’Hexagone, ont procédé d’avril à août à une cartographie minutieuse et «exhaustive» du territoire, y compris «les bidonvilles et les bâtiments en tôle» qui parsèment ce territoire subissant une forte pression migratoire des Comores voisines.

«Aucun kilomètre carré n’a été oublié», assure Fabrice Lenglart, qui se rendra sur place au lancement de cette opération «hors norme». Au total, selon l’Insee, quelque 65 000 «bâtis à usage d’habitation» ont été identifiés puis validés par les communes à l’automne. L’envergure de l’opération – un coût estimé à deux millions d’euros pour l’Insee, auxquels s’ajoutent les dépenses des communes qui recrutent les agents recenseurs – s’explique aussi par la méthode.

Le porte à porte plutôt qu’un questionnaire internet

Contrairement à l’Hexagone, où jusqu’à 70 % des habitants répondent désormais par internet, l’essentiel du recensement à Mayotte se fait «par interview». C’est-à-dire que les agents vont «arpenter le territoire, toquer à toutes les portes», pour contourner notamment l’illectronisme et le manque d’accès à Internet d’une partie de la population, explique Fabrice Lenglart.

Pour l’Insee, mener à bien l’opération est aussi une question de principe après les critiques essuyées. «La réponse de l’Insee à l’époque a été à la hauteur. Elle consiste à ne pas polémiquer, mais à rappeler et à s’asseoir sur des faits», martèle Fabrice Lenglart. D’autant que face aux polémiques, l’organisme s’est appuyé sur des indicateurs complémentaires comme la consommation de riz ou le nombre de cartes SIM en utilisation, ce qui a conforté ses estimations.

Si l’institut statistique se dit sûr de sa méthode, «le juge de paix in fine, seront bien les nouveaux chiffres qu’on va récolter», reprend le directeur général, «confiant sur le fait que l’ordre de grandeur qu’on a donné jusqu’à présent est crédible». Les premières estimations globales de population sont attendues à l’été 2026, avant la publication des chiffres officiels à la fin de l’année prochaine.

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