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Interview

Jérôme Valette, économiste : «L’immigration n’a pas d’effet causal sur le niveau moyen de délinquance»

Alors que l’immigration est à peine évoquée dans les solutions possibles pour affronter la baisse de la natalité, Jérôme Valette propose de réévaluer l’une des idées reçues sur le sujet : le prétendu lien de cause à effet entre l’immigration et la hausse de la criminalité.

Un centre d'accueil de migrants à Bayonne, en 2024. (Guillaume Fauveau/Hans Lucas pour Libération)
Par
Théo Eberhardt
Publié le 28/01/2026 à 5h17

L’idée repose sur des chiffres : les immigrés sont surreprésentés dans les statistiques sur la délinquance. Certains médias et politiques assoient leur rhétorique anti-immigration sur ces données, empêchant tout débat sur l’opportunité de relancer la démographie en France grâce aux étrangers. Pourtant, le chercheur en économie au Centre d’études prospectives et d’informations internationales Jérôme Valette invite à relativiser les apparences statistiques et à prendre en compte des biais externes.

La Commission nationale consultative des droits de l’homme indiquait en 2022 que 52 % des Français considéraient l’immigration comme la principale cause d’insécurité. Ce sentiment est-il corroboré par les chiffres ?

En France, les étrangers représentent 8,8 % de la population totale, mais ils sont surreprésentés dans la délinquance et comptent pour 17 % des personnes mises en cause et 24 % de la population carcérale. Parfois beaucoup plus si on considère des délits spécifiques. Personne ne remet en cause ces chiffres mais ils comportent des angles morts qui empêchent, à eux seuls, de clore le débat sur le lien entre immigration et délinquance. C’est pourquoi les économistes vont plutôt comparer l’évolution de la criminalité entre des localités affectées différemment par l’immigration. Avec cette méthode, un consensus se dégage qui est que l’immigration n’a pas d’effet causal sur le niveau moyen de délinquance. Les effets peuvent néanmoins varier selon les lieux, les périodes, les caractéristiques socioéconomiques des immigrés et les politiques d’accueil mises en œuvre.

Quels sont alors les facteurs pouvant expliquer la surreprésentation des étrangers dans les chiffres de la délinquance ?

Les statistiques sur la délinquance des étrangers sont éclairantes mais imparfaites. Elles rendent compte d’une part de la criminalité impliquant des personnes de nationalité étrangère, mais aussi d’autres facteurs qui ne disent rien de la propension des immigrés à commettre des infractions. Ces données peuvent ainsi être influencées par les pratiques de ciblage policier pour certains délits, par d’éventuelles discriminations liées à la nationalité ou à l’origine, ou encore par des infractions commises par des étrangers de passage, non installés durablement sur le territoire. Elles reflètent aussi des différences socioéconomiques et démographiques entre les populations immigrées et natives, des facteurs eux-mêmes associés à des probabilités différentes de passage à l’acte.

Quels peuvent être les effets de processus de régularisation sur les statistiques de délinquance ?

Plusieurs expériences, notamment en Italie, suggèrent que les politiques de régularisation peuvent réduire la probabilité qu’un individu commette un délit, en particulier pour les infractions à caractère économique, comme les vols ou les atteintes aux biens. En facilitant l’accès à l’emploi légal et en améliorant les conditions salariales, la régularisation contribue à diminuer les délits liées à la précarité économique.

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