Dans Faire la ville sans les promoteurs immobiliers (Apogée, 2025), livre savant et audacieux, l’urbaniste David Rottmann imagine une ville capable de loger la totalité de ses habitants par une ruse simple : se débarrasser d’intermédiaires dont l’intérêt réside d’abord dans la rentabilité plutôt que dans la réponse à un besoin fondamental. Quelques chiffres, cités au début de son ouvrage, rappellent l’urgence et la gravité de la crise du logement : 2,8 millions de demandeurs sont actuellement en attente d’un logement social en France, là où dans le locatif libre, l’offre a baissé de 17 % de 2022 à 2024. Les prix d’acquisition, eux, ont connu une augmentation monumentale entre 2001 et 2020, sans rapport avec les salaires. Se passer des promoteurs pour loger plus de gens, et mieux : oui, mais comment ? Et pour remplacer ce modèle par quel autre ?
Quel rôle occupe, d’après vous, la promotion immobilière dans la crise du logement ?
Comme le secteur privé de la construction du logement est dépendant de la force publique, l’Etat a attribué aux promoteurs, depuis 1990, le rôle de résoudre cette crise. C’est une logique néolibérale qui part du principe que le privé est plus efficace pour produire un bien ou un service ; mais en ce qui concerne le logement, de toute évidence, ça ne marche pas. Les incitations fiscales, comme le




