Face au grand portail en fer d’une école maternelle dans le centre-ville de Bordeaux, une marée de parents déborde sur le trottoir, les sacs de goûter parfois suspendus aux poignets. Il est 16 h 30, c’est la sortie des classes. Arben (1) s’engouffre dans le bâtiment à la recherche d’Elena, 4 ans. Sa cadette a perdu son blouson rose. Ils mettront de longues minutes à le retrouver, suspendu dans un couloir. La scène est d’une banalité désarmante. Le petit manteau compte pourtant plus que tout : la nuit s’annonce froide et ils n’ont nulle part où rentrer.
Devant l’établissement, Arben est rejoint par sa femme, Alma, et leur aîné, Artur, 11 ans. Les traits sont tirés. Originaire d’un pays de l’est de l’Europe, la famille a trouvé refuge en France fin 2024, fuyant des discriminations violentes et l’incapacité de trouver du travail en raison du handicap des parents – sur lequel elle ne souhaite pas s’étendre. Ils ont déposé une demande d’asile, début d’un ballottage de plusieurs mois entre l’hébergement d’urgence, l’hôpital et le Samu social. Fin juillet, sans no




