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Témoignage

Effondrement d’un appartement à Paris : «Je me suis vu mourir»

Un de nos journalistes se trouvait dans l’appartement qui est tombé sur celui du dessous, dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 janvier dans la capitale. Il raconte ce moment d’effroi qui l’a propulsé «dans un tas de gravats et un tas d’humains».

«Plusieurs des invités ont des jambes cassées ou des trucs pas cool», témoigne notre journaliste Julien Guillot. (Daniel Perron/Hans Lucas. AFP)
Publié le 18/01/2026 à 20h56

Julien Guillot est journaliste à Libération. Dans la nuit du samedi 17 au dimanche 18 janvier, il se trouvait dans l’appartement qui s’est effondré sur celui du dessous, rue Amelot, dans le XIe arrondissement de Paris. Il raconte cette nuit d’effroi, à l’issue de laquelle une personne s’est trouvée en état d’urgence absolue et quatorze autres en état d’urgence relative.

«J’étais chez une copine de ma chorale qui fêtait ses 60 ans avec sa famille, ses amis, ses enfants. C’est un appartement assez grand, le salon doit faire 30 mètres carrés. C’était notre piste de danse, on était peut-être une vingtaine à ce moment-là. Ce n’était pas délirant. L’ambiance était très joyeuse, on chantait, on était contents, mais on n’était pas à sauter comme des fous.

«Le salon est en deux parties avec une embrasure au milieu, j’étais à ce niveau-là. A 00 h 10, je vois un bout du parquet juste devant moi s’affaisser. Je me dis qu’une planche est cassée, que quelqu’un va passer un pied au travers et qu’on en rigolera. En une seconde, je vois tout le sol se dérober sous mes pieds. Je cherche à quoi je peux m’accrocher pour ne pas tomber, évidemment à rien. C’est comme au ski, quand tu vas trop vite et que tu veux t’accrocher à la montagne avec tes bâtons : ça ne fonctionne pas. Je me suis vu mourir. Je me suis dit : on va mourir étouffés dans l’effondrement de cet immeuble, c’est cuit.

«La seconde d’après, je suis dans un tas de gravats et un tas d’humains. Complètement coincé, dans le noir, à ne rien voir. J’ai quatre, cinq personnes au-dessus de moi et je suis sur une autre personne.

«Toute une partie de l’appartement ne s’est pas effondrée, les gens restés en haut ont commencé à appeler les secours. Progressivement, ceux qui étaient entassés sur moi ont pu se relever, puis j’ai pu me relever également. J’ai crié “Pauline [le prénom de sa compagne, ndlr], est-ce que tu es vivante ?” Elle ne me répondait pas. Je suis allé sur le palier, j’ai pris mon téléphone, je l’ai appelée, je n’ai pas eu de réponse. Heureusement, elle est en vie. Elle a une vertèbre fracturée, d’autres personnes ont des jambes cassées ou des trucs pas cool, mais ils sont vivants. Une amie a fait un arrêt [cardio-respiratoire], elle a été réanimée et emmenée à l’hôpital, depuis je n’ai pas de nouvelles.

«Il n’y a pas à chercher de responsabilité, c’est un appartement d’un très vieil immeuble, qu’est-ce qu’on peut y faire ?»

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