«Ce projet est né d’une intuition : celle que les lesbiennes ont, à travers les siècles, transformé l’espace, laissé des traces, inventé des dispositifs et des tactiques qui répondent à leurs besoins et à leurs vies.» Dans Architectures lesbiennes, l’architecte Milena Charbit a tâché de rassembler, sur près de 400 pages, des archives et des témoignages sur les façons spécifiques qu’auraient les lesbiennes d’habiter les lieux et le monde.
Reportage
Malgré la pluralité des espaces étudiés, cette chercheuse a constaté d’étranges récurrences architecturales d’un cas à l’autre, et ce par-delà le temps et la sociologie : le fait, par exemple, que nombre de lesbiennes choisissent de conserver, quand elles le peuvent, une grande part d’indépendance dans leur façon de concevoir le logement, une solitude le plus souvent rompue par une pièce qui fait «trait d’union» avec l’autre. Ou encore, qu’un des critères les plus importants de l’habitat lesbien soit celui de se protéger, voire de vivre cachées, pour fuir la persécution, la violence ou les moqueries. Une constante qui perdure, hélas, aujourd’hui.
Vous avez découvert que, par certains aspects, et sans se connaître entre elles, plusieurs lesbiennes avaient développé au fil du temps des réflexes architecturaux semblables…
Les lesbiennes ne vivent pas sur le même modèle que les hétérosexuelles. Quand on étudie la pratique sociale liée aux lesbiennes, on voit bien qu’il s’agit d’une domesticité différente, qui sort des normes. S




