Menu
Libération
HLM

Logement social «à vie» : dans le «JDD», Jeanbrun fait du Kasbarian

Dans une interview à l’hebdomadaire d’extrême droite ce dimanche 16 novembre, le ministre du Logement a ressorti du placard la marotte de son prédécesseur. Une formule médiatique qui ne recouvre aucune «réalité juridique», selon le monde HLM.

Vincent Jeanbrun à l'Elysée, le 10 novembre. (Geoffroy Van Der Hasselt/AFP)
Publié le 16/11/2025 à 15h46

Vincent Jeanbrun est-il le nouveau Guillaume Kasbarian ? En tout cas, il lui emboîte volontiers le pas, et directement dans le JDD bollorisé qui plus est. Dans une interview donnée à l’hebdomadaire d’extrême droite ce dimanche 16 novembre, le ministre du Logement et ancien maire LR de L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) s’est inspiré de son controversé prédécesseur en annonçant vouloir mettre fin au principe de l’attribution «à vie» d’un logement social, une mesure qui figurait aussi dans son «plan banlieues» présenté en juin.

Alors qu’en France, 2,87 millions de ménages sont en attente d’un logement social, la proposition vise, selon Vincent Jeanbrun, à remettre en jeu des places en HLM. «Moins de 8 % de rotation dans le logement social en 2023, c’est beaucoup trop peu, développe le ministre dans son entretien au JDD. Pour restaurer plus de fluidité, je serais favorable au passage à un bail «trois-six-neuf» [trois, six ou neuf ans], avec une réévaluation régulière par les bailleurs sociaux qui permettrait de s’adapter à la taille du foyer ou à des mutations professionnelles, et avec une meilleure mobilité d’une commune à l’autre.»

Sauf que si cette marotte du «logement social à vie» est «efficace médiatiquement», elle n’a «pas de réalité juridique», rappelait en avril dernier l’Union sociale pour l’habitat, après le dévoilement du projet de loi Kasbarian sur le sujet – retirée moins de deux heures avant le début de son examen à l’Assemblée, en mars, face à la bronca générale.

«Une méconnaissance des besoins du logement social»

Concrètement, chaque année, les bailleurs adressent aux locataires de logements HLM une «enquête ressources». Si leurs revenus augmentent, ces derniers peuvent alors devoir payer un surloyer. Et en cas d’augmentation très importante, ils peuvent être contraints de quitter leur logement dans un délai de dix-huit mois au bout de deux années de dépassement. Cette règle peut toutefois ne pas s’appliquer selon le lieu où se situe le logement, s’il n’est pas en zone tendue, ou la situation personnelle de la personne, notamment son âge.

Vincent Jeanbrun souhaite désormais mettre ce sujet au débat avec les acteurs de la profession et les élus. Mais le monde HLM et les élus impliqués sur le sujet ne risquent pas d’accueillir ce retour d’un meilleur œil que la dernière fois. Mi-octobre, le député PS des Pyrénées-Atlantiques Iñaki Echaniz, se désolait notamment de ces «fausses bonnes idées qui démontrent une méconnaissance des besoins du logement social».

Dans le JDD, Vincent Jeanbrun défend par ailleurs une autre mesure développée dans son rapport «Réparer les quartiers, rétablir la République» : la possibilité pour les locataires de racheter leur logement social. «J’aspire, dit-il, à une France de propriétaires.» Une proposition qui, si elle n’est pas nouvelle non plus dans la bouche de la droite, va dans le sens inverse d’une remise à disposition de places de logement social : alors que la construction ne suit pas l’augmentation de la demande, la fuite d’appartements vers le parc privé risquerait d’aggraver encore une crise profonde.

Il applaudit la loi anti-squat de son prédécesseur

Au milieu de cet étalage de phrases musclées ou non étayées – «dans certains immeubles, vous n’avez plus une seule famille qui travaille» ; «rétablir la sécurité et la vie en paix dans nos quartiers est une politique sociale qui réclame une fermeté absolue» le ministre trouve aussi le temps de défendre la loi anti-squat de Guillaume Kasbarian. Ces derniers mois, cette loi a permis un boom des expulsions : près de 25 000 ménages expulsés en 2024, soit une hausse de 29 % en un an et de 223 % en vingt ans, dénonçait fin octobre la Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé-Pierre).

Avec tout ce que cela implique de drames sociaux : il y a deux jours, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), «Monsieur Tcheng», 74 ans, est mort dans la rue deux mois après avoir été expulsé de son logement social. Quinze jours plus tôt, à Fécamp (Seine-Maritime), un septuagénaire surnommé «Tonton» s’était tiré une balle dans la tête à l’arrivée de l’huissière venue l’expulser en compagnie de la police. Malgré cela, ce record était fièrement «assumé» par l’ancien ministre du Logement. Qui, même après avoir été désavoué jusque dans son camp, a finalement trouvé son digne successeur.

Dans la même rubrique