Dans la petite maison blanche du quartier résidentiel de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), il ne reste quasiment plus rien, si bien que le vieil escalier en bois semble flotter au-dessus de la terre rouge du sol. Pour le moment, c’est un peu difficile de se projeter, mais à l’étage, où on ne voit pas grand-chose d’autre que de la poussière qui vole, une salle de bains va être installée entre les deux chambres. En bas, la cuisine va s’agrandir, et puis une extension sortira du sol. En attendant, sous la carcasse, l’heure est à la destruction et à l’isolation.
Ceux qui s’activent entre ces murs ne sont pas des propriétaires comme les autres. Ils répondent au nom à la fois doux et barbare d’«usufruitiers», ce qui veut dire qu’ils ne possèdent ici ni le terrain ni les murs – qui appartiennent à une coopérative –, mais seulement l’usage. Un fonctionnement à l’ancienne inspiré des communs et imaginé comme un antidote à la crise du logement qui frappe de plein fouet le Pays basque.
L’idée de départ a germé dans la tête de Beñat Etchebest, ancien agent immobilier philosophe et érudit, décidé à lutter contre la spéculation et à changer de paradigme puisque l’actuel «ne fonctionne plus». «C’est un non-sens, commence-t-il de sa voix douce mâtinée d’accent, en faisant visiter le chantier. On vit beaucoup moins que les biens que l’on construit. Pourquo




