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Muscu urbaine, moto-cross, taxi clandestin… Ce que l’on sait de «Doudou Cross Bitume» soupçonné d’avoir participé au cambriolage du Louvre

Abdoulaye N. a été mis en examen notamment pour «vol en bande organisée» et «association de malfaiteurs». Cet habitant d’Aubervilliers était déjà connu de la police pour vols aggravés. Il doit être jugé le 17 avril au tribunal de Bobigny pour des dégradations en 2019.

L'ADN d'Abdoulaye N. aurait été retrouvé par les enquêteurs sur l’une des vitrines fracturées et sur des objets abandonnés sur place lors du vol spectaculaire du 19 octobre. (Dimitar Dilkoff/AFP)
Publié le 05/11/2025 à 14h12, mis à jour le 05/11/2025 à 15h04

Suspect-clé du casse du Louvre, Abdoulaye N., 39 ans, sait se mettre en scène. Connu sur les réseaux sociaux comme «Doudou Cross Bitume», il a acquis une notoriété en conjuguant performances physiques et culture du moto-cross. Sur TikTok comme sur Instagram, il se présente comme «la légende» du «cross bitume 93 Aubervilliers». Son compte Instagram ancre son personnage dans la pratique sportive et un territoire, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Ses publications permettent de dresser le portrait d’un athlète urbain. Le «street workout», une forme de musculation en ville, est un thème récurrent dans ses vidéos comme en témoignent plusieurs vignettes de son profil. Toujours dans le registre sportif, il se met aussi en scène pratiquant le snowboard.

Séries américaines, culture populaire et rap

L’autre facette de sa personne publique est le «cross bitume», c’est-à-dire la réalisation, en ville, de différentes figures sur des véhicules deux-roues. Ses publications le montrent aux commandes de grosses cylindrées, notamment une routière Yamaha 1 300 FJR et une moto de cross Honda CRF, mais aussi d’un scooter Tmax. Ce modèle de scooter est le même que celui utilisé par les suspects pour prendre la fuite après le casse du Louvre. Sur TikTok, il publie également des vidéos le montrant avec des enfants, qu’il laisse s’asseoir sur sa moto de cross.

Ses publications sur ses comptes, notamment Instagram, révélaient jusqu’ici un univers culturel éclectique, mêlant des références aux séries américaines, à la culture populaire (figurines de Dragon Ball et de super-héros), et au rap. Il publie des images de Tupac Shakur, figure emblématique du rap américain des années 1990, dont il adopte le style, arborant sur sa photo de profil Instagram un bandana noué sur la tête.

Depuis sa mise en cause, les comptes de «Doudou» sur les réseaux sociaux font l’objet de nombreux commentaires raillant les soupçons pesant sur lui. Des utilisateurs lui demandent «ta fait quoi des diamants de la couronne» ou de «rend (re) les bijoux», tandis que d’autres commentent : «il est chaud le braqueur» ou «ta dû envoyer du lourd pour le Louvre».

Chauffeur de taxi clandestin

Cette identité numérique, construite sur l’exhibition de la performance, contraste avec le profil recherché dans l’enquête sur le braquage du Louvre, une opération clandestine et méticuleuse. Abdoulaye N. a été mis en examen notamment pour «vol en bande organisée», un crime passible de 15 ans de réclusion, et «association de malfaiteurs».

Il fait partie des quatre suspects écroués dans ce dossier. Lui et un autre homme de 34 ans, tous deux d’Aubervilliers, ont été arrêtés le 25 octobre. Ils sont soupçonnés d’avoir fait partie du commando de quatre hommes ayant pénétré dans la galerie d’Apollon le 19 octobre. Son ADN aurait été retrouvé par les enquêteurs sur l’une des vitrines fracturées et sur des objets abandonnés sur place. L’ADN de son complice présumé a été retrouvé sur l’un des deux scooters Tmax ayant servi à la fuite.

Chauffeur de taxi clandestin et déjà connu de la police pour des vols aggravés, il sera jugé le 17 avril à Bobigny pour des dégradations remontant à 2019. Son profil, comme celui de son complice, un ancien livreur, ne correspondent pas à ceux «que généralement on associe au haut du spectre de la criminalité organisée», avait souligné dimanche la procureure de Paris, Laure Beccuau.

Abdoulaye N., présumé innocent, s’est contenté, comme son complice présumé, de déclarations jugées «minimalistes» par le parquet lors de sa mise en examen. Le butin, huit joyaux de la Couronne, estimé à 88 millions d’euros, n’a toujours pas été retrouvé.

Mise à jour à 15 h 04 avec la nouvelle date du procès pour dégradations au tribunal de Bobigny

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