Elle arrive d’un pas décidé, son bouvier en laisse, balaie la salle du bar de son regard bleu acier un peu inquiet. Dès la première prise de contact, Marianne Mazas avait prévenu : «Je ne tiens pas vraiment à sortir les violons sur moi-même, mais plutôt à passer des messages pour perpétuer la mémoire de Fred.» Le 5 mai 2024, l’homme qu’elle aimait, Fred Dewilde, 58 ans, s’est donné la mort. Le dessinateur avait survécu aux attentats du 13 novembre 2015. Il n’a pas survécu aux blessures invisibles, qui le poursuivaient depuis ces deux heures passées dans l’enfer de la fosse du Bataclan. «Une submersion du trauma», regrette celle qui l’avait rencontré en 2019.
Libération avait croisé en 2020 ce colosse aux airs de nounours qui, par ses foisonnants romans graphiques, s’évertuait à rendre intelligible pour tous l’indicible violence subie ce soir-là et le trouble de stress post-traumatique ave




