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Fragrance et flagrance

82 000 flacons saisis, substances nocives, marché numérique… Ce que l’on sait de la vaste opération contre le trafic de faux parfums

Les interventions, qui ont mobilisé 1 600 agents, ont permis de percer à jour des «réseaux structurés de fraude, en lien avec la criminalité organisée».

Dans le port de Bremerhaven, en Allemagne, en 2021. Ces liquides contrefaits représentent une menace sanitaire directe et invisible pour les acheteurs, souvent dupés par des prix attractifs. (Sina Schuldt/dpa/picture alliance. Getty Images)
Publié le 28/11/2025 à 15h56

Lolita Lempicka devenu «Lolyta»… ou encore un Miss Dior rebaptisé «Mademoiselle» et J’adore Dior transformé en «J’aime». Les faussaires de parfum ont le synonyme facile. Face à ce déluge de flacons bidonnés, l’Etat a employé les grands moyens en lançant, mi-novembre, l’opération «Fragrance». Un vaste ratissage «coup de poing» mené sur tout le territoire, qui a permis de saisir plus de 82 000 parfums contrefaits, ont annoncé ce vendredi 28 novembre les douanes, mobilisées avant les fêtes de fin d’année pour «sécuriser les achats».

Les autorités s’inquiètent spécifiquement de l’explosion de petits flacons de «33 ml», un conditionnement «absent du commerce légal des grandes marques», mais omniprésent sur le marché parallèle et illégal.

Une opération d’ampleur

Avec près de 1 600 agents mobilisés du 12 au 19 novembre, les contrefaçons ont été traquées sur tous les terrains, ciblant autant les boutiques qu’Internet et les réseaux sociaux.

Certains territoires étaient particulièrement dans le viseur des services de police, notamment Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis. Les expéditions menées sur place ont permis de saisir 12 000 articles en une seule journée, une saisie considérable révélant l’existence de «filières structurées et d’ateliers d’assemblage» opérant en plein cœur de l’Hexagone.

Nos confrères du Parisien, présents lors de l’une d’elles au Fashion Center d’Aubervilliers, ont pu constater qu’en deux heures seulement d’intervention, plusieurs centaines de flacons ont été confisquées. «Lors de précédentes saisies de parfums, les analyses ont montré la présence de substances cancérigènes, de tabac, d’urine et même d’excréments d’animaux», a commenté un chef divisionnaire auprès du journal.

Une porosité entre plusieurs formes de trafic

Car au-delà du préjudice commercial pour les marques imitées, ces liquides représentent une menace sanitaire directe et invisible pour les acheteurs, souvent dupés par des prix attractifs. «Les parfums de contrefaçon sont connus comme pouvant contenir des substances dangereuses comme des phtalates», alertent auprès de l’AFP les services douaniers, évoquant des risques concrets de «brûlures» voire de «problèmes respiratoires».

Loin de l’image d’une délinquance douce, ce coup de filet a confirmé le «caractère polycriminel» des réseaux impliqués, bien distinct du simple artisanat : «Derrière des trafics en apparence anodins […] se trouvent en réalité des réseaux structurés de fraude, en lien avec la criminalité organisée», insistent les services de police dans leur bilan.

Ils s’alarment, par ailleurs, d’une criminalité en ricochets liée à ces contrefaçons. Preuve d’une porosité inquiétante entre plusieurs formes de trafic, des armes, du cannabis et des «sommes d’argent significatives» ont été découverts lors des perquisitions, aux côtés des 15 000 autres articles contrefaits interceptés.

Des copies légales et discount

Sur le front numérique, une collaboration étroite avec la répression des fraudes a également permis d’identifier «17 contenus illicites» en ligne, illustrant une commercialisation frauduleuse qui s’industrialise désormais massivement sur Internet.

La montée en flèche de ce commerce illégal s’inscrit dans un contexte d’engouement pour l’art des senteurs, vecteur de différenciation sociale, notamment chez les jeunes, hapés par cette tendance sur les réseaux sociaux. TikTok, en particulier, contribue à une réappropriation populaire de cet univers autrefois jugé plus niche, comme le souligne un article paru dans le Monde en juin.

En parallèle, un phénomène de hausse d’imitation des parfums de grandes maisons par des enseignes de hard discount, comme Action, s’observe, actant une démocratisation de ces pratiques. Ces copies, qui ne reprennent pas le logo ou le nom de marque, ne sont, elles, pas illicites, d’autant que les formules des parfums échappent au droit de propriété intellectuelle.

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