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Violences

A Grenoble, un adolescent de «presque 14 ans», blessé par balle sur un point de deal, toujours dans le coma

Les faits se sont produits dans la nuit de samedi à dimanche 16 novembre et les agresseurs n’ont pas encore été identifiés. Dimanche, ce mineur isolé avait tout d’abord été présenté comme un enfant de 12 ans.

Si le scénario d’une fusillade dans le cadre de trafics de stupéfiants était avéré, l’adolescent figurerait parmi les plus jeunes ainsi visés ces dernières années. (Anouk Anglade/Hans Lucas)
Publié le 16/11/2025 à 10h52, mis à jour le 17/11/2025 à 11h13

Un adolescent à «l’identité incertaine», mineur isolé mêlé récemment à du trafic de stupéfiants, a été grièvement blessé de plusieurs balles sur un point de deal de drogue à Grenoble, dans la nuit de samedi à dimanche 16 novembre, a confirmé le parquet ce lundi 17 novembre. Son pronostic vital est toujours engagé et ses agresseurs sont toujours en fuite.

Si le scénario d’une fusillade dans le cadre de trafics de stupéfiants était avéré, l’adolescent figurerait parmi les plus jeunes ainsi visés ces dernières années. Neuf étuis de balles de 9 mm ont été retrouvés sur place, dans un secteur qui n’est pas couvert par des caméras de vidéosurveillance. Une enquête pour «tentative de meurtre» a été confiée à la police judiciaire et les auteurs des tirs ne sont toujours pas identifiés.

Le jeune garçon a été atteint par une balle dans le dos et deux dans les jambes. «Il semblerait qu’il s’agisse d’un mineur de presque 14 ans né en Algérie en décembre 2011», dit ce lundi le parquet de Grenoble. Toujours d’après le parquet, il est «connu dans les fichiers police sous diverses identités pour trafic de stupéfiants en région parisienne et à Grenoble. Lors de ces procédures successives, il a dit être Marocain puis Algérien, être né en 2013, 2012, 2011». La veille, l’adolescent avait ainsi été présenté comme né en décembre 2012.

L’adolescent doit notamment comparaître le 10 décembre devant le tribunal pour enfants de Grenoble. Il avait été contrôlé en octobre sur un point de deal réputé de Grenoble, à Saint Bruno, «avec 75 g de résine de cannabis, 25 g de cocaïne» et de l’argent en liquide, fait savoir le parquet. Le jeune garçon avait récemment multiplié les fugues d’un établissement du département de l’Isère où il était hébergé, d’après le procureur adjoint.

Dimanche, les policiers ont été alertés peu avant 3 heures par des riverains, qui avaient entendu plusieurs détonations ainsi qu’un véhicule en fuite, a précisé la source policière. La victime était en arrêt cardio-respiratoire quand les secours l’ont transporté à l’hôpital et son pronostic vital était engagé. Selon le parquet ce lundi, une personne «se présentant comme son grand frère» et «connue de la police» s’est présenté à l’hôpital. Elle aussi est convoquée devant le tribunal correctionnel pour des faits de trafic de stupéfiants.

Plusieurs règlements de comptes depuis le début de l’année

Le quartier de Chorier-Berriat, où est survenu le drame, dans l’ouest de Grenoble, est connu pour son passé industriel, mais les friches et les anciens bâtiments d’usines ont été reconvertis en immeubles modernes et certaines zones sont très animées, avec des bars prisés par les jeunes et des restaurants. Mais d’autres zones sont réputées abriter des points de deal.

Les fusillades dans le cadre de règlements de comptes entre groupes de trafiquants de drogue ne sont pas rares dans la capitale iséroise et certaines de ses banlieues, les autorités n’hésitant plus à parler de «guerre des gangs». Entre janvier et avril 2025, cinq hommes, dont deux mineurs, avaient été blessés dans au moins trois fusillades présentées comme des règlements de comptes.

Il y a plus d’un an, le 23 octobre 2024, un adolescent de 15 ans avait péri et un de 17 ans avait été blessé par balles près d’un point de deal disputé entre gangs rivaux en plein centre-ville. Cette fusillade avait été présentée par le parquet comme une vengeance quelques jours après l’assassinat, en banlieue, d’un quadragénaire dont une partie de la famille était connue pour participer «activement» au trafic au point de deal où les deux adolescents avaient été visés. Les maires de Grenoble et de communes limitrophes avaient réclamé à l’Etat des effectifs supplémentaires de police après ces homicides, pour lutter contre le narcotrafic.

Des «petites mains» toujours plus jeunes

Selon les chiffres de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca), en 2024, 61 % des condamnés pour infractions liées aux drogues étaient âgés de 15 à 25 ans et près de 10 000 mineurs seraient impliqués dans des affaires de trafic de stupéfiants. L’âge moyen des «petites mains» employées par les réseaux criminels se situe autour de 15-16 ans avec un recours accru à de très jeunes mineurs, parfois âgés de dix ans, précise la Mildeca.

«C’est une sorte d’esclavagisme en réalité, à cause de la vulnérabilité des mineurs», indiquait le Dr Nicolas Prisse, président de la Mildeca, en juillet dernier. «Le phénomène est en augmentation, il est de plus en plus violent et il y a de plus en plus de jeunes, notamment avec le mode de recrutement sur les réseaux sociaux», soulignait-il.

Mise à jour à 16 h 55 avec davantage d’informations sur la jeune victime ; le 17 novembre à 10 h 41 avec des précisions du parquet

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