Avant de dévoiler l’affaire, le procureur de Grenoble avait évoqué un dossier «un peu singulier». Etienne Manteaux a annoncé ce mardi 10 février qu’un homme de 79 ans, Jacques Leveugle, est mis en examen et écroué depuis février 2024 pour des viols et des agressions sexuelles aggravés sur au moins 89 mineurs. L’homme, un ancien éducateur sans casier judiciaire, est soupçonné d’avoir commis ces faits entre 1967 et 2022 dans une dizaine de pays. C’est «un cas d’école de sérialité», selon l’expression du commandant de la section de recherches de Grenoble, le colonel Serge Procédès, également présent au point presse. Un appel à témoins a donc été lancé pour éventuellement retrouver d’autres victimes potentielles.
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Le magistrat a indiqué que le nom de Jacques Leveugle, né en 1946 à Annecy, «doit être connu parce que l’objectif est de permettre à d’éventuelles victimes de se manifester». Le suspect, un «personnage particulièrement complexe», aimait à se présenter comme un «boy-lover», terme qu’il jugeait «plus joli que pédéraste».
Le nombre de victimes a été établi à partir d’écrits compilés dans une clé USB par le septuagénaire qui évoque des «rapports sexuels» sur des mineurs âgés de 13 à 17 ans. Les faits auraient été commis notamment en Allemagne, Suisse, Maroc, Niger, Algérie, Philippines, Inde, Colombie et Nouvelle-Calédonie, où il était éducateur.
La clé USB sur laquelle des documents écrits ont été enregistrés par le septuagénaire a été découverte par son neveu qui se «questionnait sur la vie affective et sexuelle» de son oncle, a ajouté Etienne Manteaux. Elle a ensuite atterri sur le bureau des enquêteurs de Vizille (Isère), en 2022. Ils y ont découvert «15 tomes très denses» de mémoires dans lesquels il apparaît que l’homme s’était livré pendant des décennies à des rapports sexuels avec des garçons mineurs.
Le mis en cause, «cultivé et charismatique», prenait ces jeunes sous son aile et procédait par «séduction intellectuelle du mineur et (pour le) côté sexuel, l’approche se faisait ensuite par le rire». Il se voyait «comme un Grec antique formant de jeunes éphèbes», rapporte Etienne Manteaux. «Il n’y a jamais eu de violence commise. On est vraiment sur des contraintes morales», a renchéri le colonel Serge Procédès.
Deux meurtres par étouffement
L’homme a également reconnu dans ses mémoires et au cours de l’enquête avoir étouffé à l’aide d’un coussin sa mère cancéreuse en phase terminale dans les années 70, puis sa tante, âgée de 92 ans, dans les années 90, en l’étouffant également avec un coussin, a précisé le procureur Etienne Manteaux. Le prévenu «légitime son passage à l’acte en considérant qu’il aimerait bien qu’on lui fasse la même chose s’il se trouvait dans cette situation de fin de vie», a encore expliqué le magistrat. Les deux meurtres font désormais l’objet d’une enquête distincte.
Dans le dossier des viols et agressions, à ce jour environ 150 personnes ont été entendues et l’appel à témoins vise à consolider le parcours de vie de Jacques Leveugle. Il sert aussi à «aller chercher» les victimes non identifiées, qui n’apparaissent pour certaines que par leur nom ou prénom, «notamment les faits qui ont été commis en Nouvelle-Calédonie entre 1983 et 1985», a expliqué le colonel Procédès.
Car de fait, «le temps presse», a souligné le procureur, évoquant l’âge du mis en cause mais aussi les questions de prescription pour les crimes sexuels dont il est soupçonné (20 ans après la majorité jusqu’en 2018 et 30 ans depuis) et qui excluraient ainsi «a priori» les faits commis avant 1993. «Si des victimes souhaitent se manifester, qu’elles le fassent maintenant, parce qu’il faudra, dans l’année 2026, clôturer cette information judiciaire si on veut effectivement pouvoir juger dans des délais raisonnables», a conclu Etienne Manteaux.




