Cinq ans après, un nouveau drame vient endeuiller le militant Amine Kessaci. Son frère, 20 ans, a été tué par balles ce jeudi 13 novembre en plein jour à Marseille. En 2020, la famille avait déjà été endeuillée par la perte d’un autre membre de la fratrie, tué dans un narchomicide.
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Les faits se sont produits à 14 h 30, à deux pas de la plus grande salle de concert de Marseille, dans le IVe arrondissement. «Il résulte des premiers éléments qu’une moto s’est portée à hauteur du véhicule de la victime qui venait de se garer. Le passager arrière de la moto a tiré à plusieurs reprises sur la victime, qui était toujours dans son véhicule. Plusieurs étuis de 9 mm ont été retrouvés sur place», précise le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, dans un communiqué.
«Il voulait devenir policier»
Le parquet n’a dans un premier temps pas confirmé l’identité de la victime, touchée au thorax selon les marins-pompiers, se bornant à indiquer qu’il s’agit d’un jeune de 20 ans, inconnu des services de police et de justice. Mais ce vendredi matin, le procureur de Marseille a confirmé sur France info qu’il s’agit bien d’un «jeune frère» d’Amine Kessaci, «totalement extérieur a tout ce qui gangrène Marseille : le narcotrafic et la criminalité organisée», selon les premiers éléments de l’enquête.
Le parquet de Marseille a ouvert cette enquête pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime. «C’est évidemment les méthodes du crime organisé : c’est un règlement de compte. La notion d’assassinat, c’est parce qu’il y a une préméditation», dit ce vendredi Nicolas Bessone. Le maire de la ville Benoit Payan a exprimé dès jeudi soir que s’il «s’avérait que cet assassinat est un assassinat d’avertissement, alors on passerait évidemment dans une nouvelle dimension». Et le procureur d’aller dans les sens de l’édile de la cité phocéenne : «Il faut envisager toutes les hypothèses. Cette hypothèse, à ce stade, n’est absolument pas exclue et je partage l’analyse du maire. Si tel devait être le cas, on aurait franchi une étape supplémentaire.»
C’est la Provence, confirmée par une source proche de l’enquête, qui a annoncé que la victime est le jeune frère de l’écologiste Amine Kessaci. Selon le journal local, le jeune homme «n’avait pas d’antécédents judiciaires, il voulait d’ailleurs devenir policier et devait repasser le concours de gardien de la paix le mois prochain».
Enquête
Amine Kessaci, qui s’était présenté aux élections européennes de 2024 à Marseille, est également le président de Conscience, une association d’aide aux familles victimes du narcotrafic. Depuis un peu plus d’un mois, il serait placé sous protection policière permanente en raison de menaces à son encontre. Selon la Provence, deux hypothèses sont évoquées à ce stade : une opération d’intimidation, en s’en prenant encore à l’un de ses proches, ou une erreur de cible. Le lien entre cet homicide et le narcobanditisme n’a pas été établi à ce stade.
«Aucune mère ne devrait vivre cela»
Christine Juste, adjointe écologiste au maire de Marseille, l’a confirmé à l’AFP. «J’ai énormément de peine pour mon ami et sa maman, aucune mère ne devrait vivre cela, la perte de deux enfants. Et je suis en colère qu’on puisse, dans la deuxième ville de France, assassiner aussi facilement en plein jour des gens», a-t-elle déclaré.
La cheffe des Écologistes Marine Tondelier a souligné dans un tweet les «circonstances atroces» de la perte de ce deuxième frère «qui voulait devenir policier». «Nous serons là pour toi. Aujourd’hui et tous les jours qui suivront», a-t-elle également lancé à l’attention de son camarade Amine Kessaci.
La vie de ce jeune passionné de politique, qui a grandi dans une cité des quartiers nord, a basculé en 2020, lors d’un triple assassinat barbare qui a notamment touché Brahim, victime de tirs par arme à feu et dont le corps a ensuite été retrouvé carbonisé dans un véhicule près de Marseille. Il crée alors l’association Conscience pour aider les familles, juridiquement et psychologiquement, et changer le regard sur ces morts qu’il considère comme des victimes.
Témoignage
Après d’ultimes recours d’un des mis en cause rejetés par la Cour de cassation début novembre, ce dossier devrait être jugé dans l’année à venir. Brahim était le seul à être tombé dans la drogue parmi une fratrie de six, avait assuré à l’AFP Amine Kessaci à l’occasion d’un portrait en 2024 consacré à ce minot des quartiers nord de Marseille, estampillé «société civile», qui s’était présenté aux élections européennes sur la liste de Marie Toussaint pour porter la voix de la jeunesse et des quartiers populaires mais avait perdu de peu, face au Rassemblement National (RN).
«La politique ne m’a jamais tendu la main, alors j’ai décidé de la prendre à la gorge […]. Brahim, c’est toi qui m’a jeté dans ses bras le jour où tu as brûlé dans une voiture», écrit Amine Kessaci dans son livre Marseille, essuie tes larmes, publié par la maison d’édition marseillaise Le Bruit du monde.
Le 9 octobre déjà, un homme avait été mortellement visé par des tirs en plein jour dans un quartier populaire du centre de Marseille, le quatorzième narchomicide depuis le début de l’année dans les Bouches-du-Rhône, selon un décompte de l’AFP. Deux personnes avaient été interpellées quelques heures après le meurtre.
Mise à jour à 11h21 avec les déclarations de Benoît Payan et de Nicolas Bessone.




