Une semaine après sa condamnation à un an de prison avec sursis pour avoir orchestré une tentative d’extorsion contre un homme d’affaires, Bernard Bajolet a fait appel. L’ancien directeur, entre 2013 et 2013, des services secrets français (DGSE) estime que «cette décision repose davantage sur des hypothèses que sur une analyse juridique fondée sur des preuves», a expliqué ce jeudi son avocat, Me Mario Stasi. Au terme de dix années de procédure judiciaire, Bernard Bajolet avait été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Bobigny de complicité de tentative d’extorsion et d’atteinte arbitraire à la liberté individuelle par personne dépositaire de l’autorité publique à l’encontre d’un homme d’affaires.
Récapitulons : le 12 mars 2016, Alain Dumenil, entrepreneur franco-suisse impliqué dans pléthore d’affaires judiciaires et de litiges commerciaux, est arrêté par la police aux frontières à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle alors qu’il doit se rendre en Suisse. Les policiers l’emmènent sous prétexte de devoir vérifier son passeport et le conduisent dans une salle. Deux hommes en civil, appartenant à la DGSE mais jamais identifiés, entrent dans la pièce et l’informent qu’il doit rembourser 15 millions d’euros à la France.
Méthodes «choquantes»
Les services de renseignement estiment alors qu’Alain Dumenil les a escroqués au début des années 2000, lorsqu’ils l’ont appelé à la rescousse pour sortir la DGSE d’investissements infructueux. Ceux-ci avaient été réalisés avec un fonds secret, confié par l’Etat il y a des décennies dans une volonté d’indépendance de l’institution en cas d’occupation étrangère ou de disparition du gouvernement. Les agents menacent l’entrepreneur, dont les manœuvres financières lui ont valu d’être mis en examen pour banqueroute, notamment en lui montrant un album de photographies de ses proches.
Au cours du procès, qui s’est tenu en novembre 2025 et qui a parfois semblé devenir celui des services secrets tout entiers, Bernard Bajolet a toujours reconnu avoir validé le principe d’une rencontre, mais sans avoir jamais imaginé, a-t-il assuré, que cela se ferait avec «une forme quelconque de contrainte». «Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû», avait-il toutefois reconnu. Le tribunal a considéré «peu probable que des agents puissent agir en toute autonomie» dans un dossier «aussi sensible», qualifiant les méthodes employées de «choquantes», «inquiétantes» et «contraires à l’Etat de droit». Lors de l’audience de novembre, Alain Dumenil était apparu très marqué, accusant, dans une déclaration quelque peu confuse, la DGSE de tentatives d’assassinat contre sa personne et de pression sur la justice.




