La démission, après des jours de pression. L’ex-ministre de la Culture Jack Lang a proposé, samedi 7 février, sa «démission» de l’Institut du monde arabe, dans une lettre consultée par l’AFP. Le ministre des Affaires étrangères, contacté par Libération, a « pris acte » de l’offre et annoncé le lancement d’une procédure pour désigner son successeur à la tête de l’IMA, qui devrait prendre la forme d’une convocation du conseil d’administration de l’institut sous sept jours pour désigner un président ou une présidente par intérim.
Plus tôt dans la journée, l’ancien ministre avait jugé «infondées», les accusations portées à son encontre après l’ouverture d’une enquête les ciblant, lui et sa faille. Vendredi soir, le Parquet national financier (PNF) avait en effet ouvert une enquête pour «blanchiment de fraude fiscale aggravé», du fait de ses liens supposés avec Jeffrey Epstein.
Selon les révélations de Mediapart, qui s’appuie sur les millions de pages publiées par le département de la Justice américain, le pédocriminel américain aurait monté, en collaboration avec l’ancien ministre et sa fille, une société offshore domiciliée aux îles Vierges, supposée distribuer des fonds pour soutenir des projets artistiques.
L’actuel président de l’Institut du monde arabe (IMA) avait également dit accueillir «avec sérénité et même soulagement» l’enquête ouverte vendredi. «Elle permettra de faire toute la lumière sur des accusations portant atteintes à ma probité et à mon honneur.»
Avant sa proposition de démission, Jack Lang devait se rendre dimanche au Quai d’Orsay à la demande du ministre des Affaires étrangères. Si aucune charge ne pèse à ce stade contre l’ancien ministre, la mention de son nom à 673 reprises dans des échanges avec Jeffrey Epstein et ses liens d’intérêt avec le financier américain avaient poussé de nombreux membres de la classe politique à exiger son départ de l’IMA.
«Je me réserve, s’agissant de la poursuite de son mandat, toutes les options», avait déclaré vendredi Jean-Noël Barrot. «Les premiers éléments qui ressortent de ces dossiers sont inédits et d’une extrême gravité» et «exigent un travail d’enquête rigoureux et approfondi», avait ajouté le ministre.
«Prendre rapidement la bonne décision»
Dans le communiqué envoyé samedi à l’AFP, Jack Lang ne s’était pas exprimé davantage sur une éventuelle démission. D’après l’entourage du ministre, Jean-Noël Barrot lui avait demandé dans ce contexte «de prendre rapidement la bonne décision».
Plus tôt dans la semaine, l’homme avait formellement exclu de quitter son poste. Sans nier ses liens avec le financier américain décédé en 2019, il avait plaidé la naïveté et assuré qu’il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l’a rencontré, il y a «une quinzaine d’années», par l’entremise du réalisateur Woody Allen (qui fait également l’objet d’accusations de violences sexuelles). Parmi les échanges entre les deux hommes, plusieurs messages de 2015 révèlent des négociations autour de la vente d’un riad à Marrakech entre eux.
Egalement mise en cause dans les documents publiés par l’administration américaine, la fille de Jack Lang, Caroline Lang, a démissionné lundi de la tête d’un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société «offshore» qu’elle a fondée en 2016 avec l’homme d’affaires américain.




