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Violences

Mort à Lyon d’un militant proche du collectif d’extrême droite Nemesis après une agression : ce que l’on sait des faits et de l’enquête

Un jeune homme de 23 ans est mort après une violente agression jeudi soir dans le centre-ville de Lyon. Le collectif identitaire Nemesis, dont il assurait la sécurité à l’occasion d’une action visant à perturber une conférence de Rima Hassan, met en cause des militants d’extrême gauche.

C'est sur le quai Fulchiron que le militant d'extrême droite a été pris en charge, jeudi soir, à Lyon. (Joel Philippon/LE PROGRES. MAXPPP)
Publié aujourd'hui à 11h02, mis à jour le 14/02/2026 à 20h16

Le parquet de Lyon a annoncé ce samedi 14 février la mort d’un jeune homme de 23 ans, prénommé Quentin, victime d’une violente agression jeudi en fin de journée dans les rues du centre-ville lyonnais. La veille, le parquet avait annoncé avoir ouvert une enquête pour violences aggravées. «L’enquête se poursuit, elle est conduite dorénavant du chef de coups mortels aggravés, en plus des violences aggravées par trois circonstances», a précisé le parquet dans un communiqué ce samedi soir. Les faits se sont déroulés alors que la victime accompagnait le collectif d’extrême droite Nemesis, venu perturber une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à l’Institut d’études politiques de Lyon.

Que sait-on des faits ?

Selon des informations qui demeurent encore parcellaires ce samedi 14 février au soir, le déroulé des faits prend sa source en fin de journée de jeudi, à Sciences Po Lyon, dans le VIIe arrondissement de la préfecture du Rhône. L’eurodéputée LFI Rima Hassan y donnait une conférence sur «le déni du droit de la guerre», et l’antenne locale du collectif d’extrême droite Nemesis s’était invitée aux abords du bâtiment, déployant une banderole «Islamo-gauchistes hors de nos facs».

C’est à ce moment qu’une première échauffourée a eu lieu, selon une source proche de l’enquête, qui décrit à l’AFP «une rixe entre militants d’extrême droite et d’extrême gauche» comme il s’en produit «très régulièrement» devant ce bâtiment ou encore sur le campus de la fac Lyon 2. Les violences conduisent la police à intervenir une première fois, poussant les protagonistes à la dispersion.

Un second affrontement se serait alors produit à quelques centaines de mètres de là, de l’autre côté d’un faisceau de voies ferrées, rue Victor-Lagrange, selon une source proche du dossier. Il aurait impliqué une quarantaine de personnes, à proportion égales entre chaque camp. Quentin aurait été isolé au cours de cette rixe, survenue vers 18 heures. «Quentin aurait reçu des coups à la tête et ce alors même qu’il gisait au sol inanimé», assure l’avocat de la famille, Fabien Rajon, dans un communiqué ce samedi soir.

Il se passe plus d’une heure trente avant que les pompiers ne soient appelés vers 19 h 40 pour prendre en charge, à plus d’un kilomètre de là, deux personnes touchées, quai Fulchiron (Ve arrondissement) dont l’une est Quentin, «très grièvement blessé». Une première source proche de l’enquête a initialement évoqué des coups de couteau, mais cela n’a pas été confirmé pour l’heure. Selon d’autres sources proches de l’enquête, le militant de 23 ans souffrait de traumatismes crâniens graves. L’autre personne touchée, un jeune homme âgé de 22 ans, était légèrement blessée.

Si le collectif Nemesis, connu pour ses actions visant à perturber les rassemblements de gauche, a rapidement évoqué dans un communiqué un «lynchage» d’une «extrême violence», le parquet, qui précise que l’enquête a été confiée à la direction interrégionale de la police, se montre prudent : «A ce stade, le contexte et les circonstances de ces faits doivent être déterminés.» L’avocat de la famille de Quentin va plus loin : «La thèse de la ‘’simple rixe’' entre deux groupes rivaux ne semble pas correspondre à la réalité des faits : il s’agirait plutôt d’un lynchage gratuit de la part de plusieurs individus, en surnombre et armés, qui se seraient acharnés sur la victime isolée.»

Que sait-on de la victime ?

Selon le collectif Némésis, proche de l’extrême droite, Quentin, présenté tantôt comme un militant «nationaliste» ou «identitaire» faisait partie du service d’ordre chargé d’assurer la sécurité de ses militantes lors de la manifestation. Une description qu’est venue nuancer la famille du jeune homme, par la voix de son avocat. «La famille de Quentin tient à préciser, de manière très ferme, que le jeune Quentin n’était ni agent de sécurité, ni membre d’un quelconque service d’ordre et qu’il n’avait aucun antécédent judiciaire», écrit Fabien Rajon dans un communiqué diffusé vendredi soir.

Assurant que le jeune homme n’avait «jamais été mis en cause dans la moindre affaire et encore moins pour violence par le passé», la robe noire fait état d’un casier judiciaire vierge pour cet étudiant en mathématique, «pratiquant le tennis et la philosophie». Récemment converti au catholicisme, il était un membre actif d’une paroisse de traditionaliste de Lyon, retrace par ailleurs le Figaro, qui ajoute que le jeune homme fréquentait l’organisation catholique traditionaliste Academia Christiana, sans en être un membre actif. Quentin était «un jeune fidèle de la paroisse Notre-Dame de l’Isle à Vienne», écrit de son côté Adrien Rubagotti, conseiller municipal RN de la ville iséroise dans un communiqué consulté par Ici Isère.

La mort du jeune homme a été annoncée samedi soir par le parquet. D’après l’avocat de la famille, le décès a été constaté samedi après-midi.

Quelles réactions ?

Après l’annonce de la mort de Quentin, l’avocat de la famille a publié nouveau communiqué, dans lequel il est dit que les parents «appellent au calme et à la retenue». «La famille de Quentin fait confiance aux enquêteurs et à la justice afin que les responsables de sa mort soient rapidement interpellés et qu’ils aient à en répondre», est-il ajouté.

Le président de la République, Emmanuel Macron, a lui aussi appelé «au calme, à la retenue et au respect», adressant «ses pensées et le soutien de la Nation» aux proches de la victime, dans un message publié ce samedi soir sur le réseau social X. Il a aussi souhaité que soient poursuivis et condamnés les auteurs des violences à l’origine du décès de Quentin, «victime d’un déferlement de violence inouï». «En République, aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue. […] Poursuivre, traduire devant la justice et condamner les auteurs de cette ignominie est indispensable. La haine qui assassine n’a pas sa place chez nous», a écrit le président sur X.

«La mort de Quentin est une tragédie. (...) Un tel déferlement de violences en plein cœur de la ville est inacceptable. Aucun désaccord politique ne peut justifier la violence», a réagi pour sa part le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet. L’élu fait savoir que «la ville de Lyon mettra tous ses moyens à la disposition de la Justice pour appréhender les individus en cause dans la mort de Quentin.»

Le collectif Nemesis a rapidement mis en cause le collectif d’extrême gauche La Jeune garde, dissous en juin 2025 dans le même temps que le groupuscule d’extrême droite Lyon populaire, les deux groupes s’affrontant régulièrement dans les rues de la ville. Les réactions se sont depuis enchaînées, d’abord du côté du Rassemblement national, son président Jordan Bardella demandant à mettre fin à «l’impunité de l’extrême gauche» et Marine Le Pen appelant à considérer les mouvements antifascistes comme «terroristes», à l’instar de Donald Trump outre-Atlantique.

Avant l’annonce de la mort du jeune homme, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste a de son côté dénoncé «la folie furieuse qui s’est déchaînée». A droite, toujours, Bruno Retailleau a mis en cause «l’extrême violence qui règne dans les satellites qui gravitent autour de LFI», tandis que le patron de Renaissance Gabriel Attal a aussi fustigé «la violence de l’extrême gauche [qui] s’est déchaînée».

A gauche, les dénonciations se multipliaient également. Rima Hassan a «fermement» condamné l’agression depuis son compte X. «J’ai appris avec effroi les faits concernant le jeune homme Quentin, actuellement entre la vie et la mort à la suite d’un affrontement survenu hier à Lyon entre des militants antifascistes et des militants identitaires, présents aux côtés du collectif d’extrême droite Némésis, venus perturber la conférence à laquelle j’étais invitée à participer par les étudiants de Sciences Po.» Le patron de LFI Manuel Bompard allait dans le même sens, rappelant que «personne ne doit perdre la vie pour ses idées» et assurant que nul membre de l’équipe de Rima Hassan ou du mouvement de gauche n’avait «eu de contact avec les groupuscules fascistes qui ont tenté de perturber» sa conférence.

La crainte d’affrontements

Dans un article paru ce jour, le Progrès faisait également état d’appels à la réplique dans les groupes d’extrême droite. Le quotidien local relevait ainsi deux phrases partagées sur un des canaux d’extrême droite «les plus suivis» sur la messagerie Telegram : «Justice pour Quentin. Préparez-vous pour la suite».

Plusieurs permanences de la France insoumise, notamment à Metz (Moselle) et à Lille (Nord), ont subi des dégradations dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 février.

Mis à jour à 19 h 05 avec la mort de la victime ; à 19 h 30 avec des précisions ; à 19 h 50 avec l’appel au calme de la famille ; à 20 h 15 avec la réaction d’Emmanuel Macron.

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