Un agriculteur a été mis en joue par trois policiers lors d’une action de contestation dans le cadre de la mobilisation contre la gestion gouvernementale de la crise de dermatose bovine, samedi 27 décembre à Auch. La Coordination rurale, à l’origine de l’action, réclame des «excuses officielles» au gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu les forces de l’ordre ce mardi, affirmant notamment qu’il ne saisira pas l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Que s’est-il passé ?
Les faits se sont déroulés dans la soirée de samedi, devant les locaux de la Dépêche du Midi à Auch. Selon une vidéo publiée par le média lui-même, la façade du journal a été recouverte de fumier par des agriculteurs du Gers qui manifestent depuis plusieurs semaines contre la gestion de la crise de la dermatose par l’Etat et par l’Union européenne. Plusieurs ballots de paille ont également été déposés devant le bâtiment, est-il également précisé.
En réponse à cette mobilisation, plus de 80 CRS de Lannemezan ont été mobilisés afin d’épauler les policiers de la ville d’Auch. Entre 22 h 30 et 23 heures, «un des agriculteurs, au moyen d’une épandeuse, a aspergé de lisier la façade des locaux de la Dépêche du Midi», explique la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, auprès de Libération. Selon le parquet, les forces de l’ordre ont demandé à l’agriculteur de «stopper sa manœuvre» et ont décidé de «procéder à son interpellation au vu de l’infraction commise». C’est alors que, le tracteur continuant sa manœuvre en direction des forces de l’ordre, les policiers ont «sorti leurs armes, dans une manœuvre de protection».
Crise agricole
Sur plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux par des agriculteurs sur place, on peut effectivement voir un CRS, de dos, ainsi qu’un policier en jean mais identifiable grâce à sa veste, pointer leurs armes de service vers le tracteur, positionné à quelques mètres en face d’eux. Une autre vidéo, publiée par le représentant de la coordination rurale dans le Gers, montre la même scène filmée du point de vue de l’agriculteur dans le tracteur.
Où en est l’enquête ?
Contactée par Libération, la procureur de la république d’Auch explique que l’agriculteur au volant du tracteur a été placé en garde à vue pour «dégradations en réunion à l’occasion d’une manifestation». La garde à vue a été levée au bout de quelques heures à l’issue de son audition. «L’enquête se poursuit, notamment pour permettre le chiffrage des dégâts, mais aussi identifier d’éventuels coauteurs ou complices par instigation», précise le parquet.
Concernant les sorties d’armes des policiers, Laurent Nuñez a affirmé ce mardi matin qu’il ne «saisira pas l’IGPN», ce qui implique qu’aucune enquête administrative n’a été lancée à cette heure. Si l’usage d’une arme par les forces de l’ordre donne généralement lieu à l’ouverture d’une enquête, il n’en va absolument pas de même de la simple sortie d’une arme de service. La Coordination rurale a annoncé dimanche qu’elle comptait saisir l’IGPN mais lundi, selon France Info, aucun signalement n’avait été reçu.
D’un point de vue judiciaire, le parquet d’Auch annonce également ne pas avoir saisi l’IGPN. Clémence Meyer estime que les conditions dans lesquelles les policiers ont sorti leurs armes «apparaissent au vu de la situation parfaitement conformes au cadre légal». L’alinéa 4 de l’article L435-1 du code de la sécurité intérieure stipule que les forces de l’ordre peuvent le faire «lorsqu’[elles] ne peuvent immobiliser, autrement que par l’usage des armes, des véhicules, embarcations ou autres moyens de transport, dont les conducteurs n’obtempèrent pas à l’ordre d’arrêt et dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui». «Ces dispositions concernent toutefois l’usage des armes, qui n’a pas été nécessaire en l’espèce. Mais la sortie de l’arme en est le préalable», tient à préciser la magistrate qui, à cette heure, n’envisage pas l’ouverture d’une enquête pour violence par personnes dépositaires de l’autorité publique.
Quelles sont les réactions ?
Dès le lendemain des faits, la Coordination rurale, à la base du mouvement de contestation dans le Gers, a dénoncé sur X «une ligne rouge [qui] a été franchie». «Un agriculteur a été mis en joue par les forces de l’ordre, armes de poing sorties, alors qu’il repositionnait son tracteur. Une réponse disproportionnée et inacceptable, estime le mouvement proche de l’extrême droite. Seul son sang-froid a permis d’éviter l’irréparable. Malgré cela, il a été interpellé et placé en garde à vue sur des accusations infondées.» La Coordination rurale réclame des «excuses officielles» de la part du gouvernement.
CheckNews
Auprès de France Info, la Confédération paysanne du Gers, marquée à gauche, s’est dite «choquée» par les images, symboles d’«un Etat qui ne sait que réprimer, qui ne sait plus dialoguer». Le syndicat estime néanmoins que le «vrai sujet, c’est la dermatose nodulaire contagieuse» et déplore «une récupération politique» de la part de la droite et de l’extrême droite.
De son côté, Laurent Nuñez a défendu ses troupes, affirmant que «pendant plusieurs nuits consécutives, il y a eu des déversements de fumier sur plusieurs bâtiments publics mais à un moment, il était temps de dire stop et c’est ce qu’ont fait les policiers ce soir-là». «Ils sont intervenus pour empêcher un déversement», selon le ministre de l’Intérieur, qui estime que «le contexte de gestion de la crise agricole est d’une extrême souplesse».




